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Full text of "Jean Perréal dit Jean de Paris: peintre de Charles VIII, de Louis XII et de ..."

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PETITE BIBLIOTHÈQUE D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE 



JEAN PERRÉAL 



DIT 



JEAN DE PARIS 



Peintre de Charles VIII, de Louis XII et de François •/•". 



PAR 



R. de MAULDi: LA CLAVIERS 






PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDÏ'I : 

28, RUE BONAPARTE, 28 
1896 



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PETITE BIBLIOTHEQUE D'ART 
ET D'ARCHÉOLOGIE 

PUBLIÉE 
SOUS LA DIRECTION DE M. KABMPFEN 

Directeur des Musées nationaux. 



JEAN PERRÉAL 



DIT 



JEAN DE PARIS 



— 2 — 

n'a plus perdu à mourir. Depuis une 
trentaine d'années seulement, des éru- 
dits, stimulés en quelque sorte par l'ap- 
pât du mystère, se sont emparés de Per- 
réal et ont exhumé successivement assez 
de documents pour que, maintenant, les 
lignes principales de son existence res- 
sortent; nous allons les fixer ', non sans 



i. D'après les travaux suivants : Péricaud, 
Notice sur Jehan Perréal, dit Jehan de Paris, 
lue à la Société littéraire de Lyon, 10 février 
i858; — Dufay, Essai biographique sur Jehan 
Perréal dit Jehan de Paris, peintre et architecte 
lyonnais, Lyon, A. Brun, 1864, in-8°; — Rolle, 
Jehan de Paris, dans les Archives de V Art fran- 
çais, 2 - série, t. I, pp. 15-142 ; — les Analectes 
de M. Le Glay; — l'excellent ouvrage de 
M. Charvet, Jehan Perréal, Clément Trie et 
Edouard Grand, Lyon, Glairon Mondet, 1874, 
in-8°; — l'œuvre luxueuse de M. Bancel, Jehan 
Perréal dit Jehan de Paris,.., Paris, Launette, 
i885, in-8°; qui contient des documents nou- 
veaux, mais dont les appréciations nécessitent 
quelques réserves. — Plusieurs documents im- 
portants ont en outre été publiés par B. Fillon, 
Michel Colombe; M. E. Charavay, Jean Lemaire 
de Belges et Jean Perréal de Paris, 1876, in-8 - ; 



— 3 — 

combler encore quelques lacunes et cor- 
riger quelques erreurs par l'appoint de 
documents nouveaux. Mais l'œuvre de 
l'artiste, la chose importante en somme, 
reste encore plongée, malgré tous les 
efforts, dans une ombre profonde. Nous 
nous aventurerons aussi à y pénétrer et 
à démêler (s'il se peut) quelque chose de 
l'inextricable histoire de l'art français au 
début du xvi c siècle. 



I 



D'abord, écartons un ennui. Perréal 
porta toujours le sobriquet de « Jean de 
Paris », un sobriquet qui court les rues 

P. Moreau, Note sur le peintre Jean Perréal. dit 
de Paris, dans les Mémoires de la Société his- 
torique du Cher, 4° série, t. V; M. Georges 
Guigue, Jean Perréal, maître des œuvres des 
fortifications de Lyonnais, Foreç, Beaujolais et 
Dombes, dans la Bibliothèque historique du 
Lyonnais, t. I, p. 60. — Voir aussi M, Jarrin, 
Brou, Bourg, Grandin, 1877, in-8°, brochure peu 
concluante d'ailleurs : M. le comte de la Borde. 



— 4 — 

à la fin du xv e siècle. Ici, Jean de Paris 
est paysan \ là horloger a , là magistrat 
notable, ambassadeur 3 ; sans même sortir 
des milieux où vivait le nôtre, nous trou- 
vons, à Lyon, des quantités de Jean de 
Paris, notamment un qui habitait porte à 
porte avec Perréal 4 ; à la cour, sous 
Charles VIII, il y a un Jean de Paris 
(Jean Bricet 5 ), chirurgien du roi; sous 
Louis XII, un autre (Jean Le Roy) qui 
est poète 6 ; sans parler des personnages 
secondaires, comme le Jean de Paris 
(Jean Brunel), écuyer de Louise de 



i. Archives nationales, JJ. 2 32, 61. 

2. 1480. Douet d'Arcq, Comptes de Vkôtel, 
p. 388. 

3. Commines. 

4. Archives de Lyon, reg. CC. 3g. 

5. Godefroy , Histoire de Charles VIII, 
p. 705. 

6. Jean Le Roy, de Paris, dit Jean de Paris, 
poète et philosophe, fut probablement un ami 
de Perréal, car une lettre latine de lui figure en 
tête du De laudibus lingue gallicane, de Jean 
Lemaire à la fin du livre I des Illustrations de 
Gaule. 



— 5 — 

Savoie ', ou le Jean de Paris, simple ser- 
viteur de M. de Saint-Marsault a ; si bien 
qu'on a toujours confondu, jusqu'à pré- 
sent, Perréal avec quelque autre Jean de 
Paris. Son sobriquet présente encore un 
inconvénient : on a voulu en tirer des 
inductions. Par exemple, un sens géo- 
graphique : Perréal 3 aurait passé à Paris 
comme Jean de Bologne à Bologne, ou 
y serait né, comme le Pérugin à Pérouse. 
Aux yeux de M. Paul Lacroix, Perréal 
aurait valu à son surnom une popularité 
extraordinaire, et l'aurait fait passer en 



i. Archives nat., K. 77, 7. Ce Jean de Paris 
mort, Louise de Savoie vint en aide à sa veuve 
et fit élever son fils à ses frais (fr. 2472, f° 35). 
Gaignières signale aussi, dans la maison, Julien 
Prunel, médecin (Bibl. nat., ms. fr. 21478), com- 
munément nommé « maistre Julien ». 

2. KK. 240, f° 129. Sans parler aussi de « Janus 
Parrhasius ». (Lactantii opéra, per Jan. Parrha- 
sium édita, Venetiis, Joannes Tacuinus, 1509. 
In-f\) 

3. Le nom de Perréal est transcrit Perrel par 
Gaignières, dans les comptes de François I er , 
Perréail dans un compte de Lyon de 1524. 



— 6 — 

proverbe \.. Puisque ce sont là des hypo- 
thèses, on peut en penser ce qu'on vou- 
dra. Il est vrai, seulement, que ce sobri- 
quet, comme l'indique Le roman contem- 
porain de Jehan de Paris, désignait volon- 
tiers un homme magnifique, une sorte de 
« marquis de Carabas », et, peut-être, à ce 
point de vue, Perréal a-t-il pu s r en mon- 
trer digne dès Penfance. En tout cas, loin 
de s'en offenser, Perréal s'en para cons- 
tamment, au point de le substituer à son 
nom patronymique, que nous lui conser- 
verons néanmoins, pour éviter la confu- 
sion où sont tombés nos prédécesseurs. 

Les débuts de Perréal restent fort obs- 
curs. Nous savons qu'il reçut une bonne 
éducation : ses mœurs élégantes, ses 
allures spirituelles, hautaines, un peu 
cavalières, en témoignent suffisamment. 
Son habitude de citer du latin, fût-il ma- 
caronique, et, de temps à autre, certaines 
formules un peu pédantes trahissent de 

i. Heptaméron, p. 245, n. 1. 



— 7 — 

doctes prétentions \ Il convenait même 
de prendre Perréal par le côté érudit et de 
le traiter de savant plutôt que de peintre; 
Cornélius Agrippa, en homme d'esprit, 
n'y manque point dans une lettre de 
1 509 * ; c'est une habileté de tous les 
temps. Hors de ces données, un peu sub- 
tiles, il n'y a rien de certain. 

On a voulu faire de Perréal le fils d'un 
officier de la reine Charlotte de Savoie, 
et même un officier de cette princesse, 
attendu qu'elle possédait, en 1483, un 
Jean de Paris dans son service de four- 
rière 3 . C'est bien possible ; il est possible 
aussi de le reconnaître en 1484, dans un 
Jean de Paris, enlumineur à Bourges, 
car il conserva des rapports avec cette 
ville 4 . Mais retrouver notre homme dans 
un Jeari de Paris, vitrier à Orléans, déjà 

1. Il avait aussi fait des études de mathéma- 
tiques (lettre du 8 octobre i5ii, à Barangier). 

2. Citée par M. Charvet, p. 1 19. 

3. Godefroy, Histoire de Charles VI IL 

4. M. de Girardot, Les Artistes de Bourges, 
pp. 9, 40. 



— 8 — 

marié et déjà célèbre en 1472 \ nous 
semble d'Une bien plus grande difficulté. 
En tout cas, dès le mois d'avril 1483, 
nous saisissons sûrement Perréal au ser- 
vice, de la ville de Lyon, ce qui le sup- 
pose âgé d'au moins vingt-six ou vingt- 
sept ans, et le ferait naître vers 1455 ; il 
remplit une mission de début ; il apprête 
le chariot qui doit transporter saint Fran- 
çois de Pàule, mandé par Louis XL Deux 
ans après_, il paraît bien plus en évidence, 
comme organisateur d'une de ces récep- 
tions de grands personnages auxquelles 
on se plaisait alors à donner un caractère 
artistique, pittoresque, amusant. Il s'agis- 
sait de recevoir l'archevêque Charles de 
Bourbon, frère du duc de Bourbon et du 
sire de Beaùjeu 2 . Perréal confectionna 
deux écus, une épée flamboyante, un cerf 
ailé et le lion de rigueur dans toute fête 

.1. Cité dans le remarquable livre de M. Ch. de 
Gr and mai son,. Documents inédits pour servira 
l'histoire dès arts en Touraine, Tours, 1870, 
pp. 23 et sjuiv. 

2. 6 décembre 1485. 



Pierre de Bourbom 
(Volet du.tryptique de Moulin».) 



•*■-< 



— 9 — 

lyonnaise, et le voilà ainsi lancé dans 
une carrière d'organisateur de fêtes qui 
convenait à sa verve et où il devait se 
mettre rapidement hors de pair. 

Il dut à un Bourbon ce point de départ, 
et il appartient tellement aux Bourbons 
qu'on le retrouve, vers le même moment, 
fourrier dans la maison de Beaujeu ; il y 
accomplit même des missions délicates. 
M me de Beaujeu, pendant la guerre civile, 
avait déposé chez M me du Plessis-Bourré 
une partie de ses diamants ; elle envoya 
Perréal, avec Lancelot de la Varanne (le 
successeur de Tristan l'Ermite comme 
prévôt de l'hôtel), reprendre ce dépôt, dont 
il signa,le 6 octobre 1487, un reçu détaillé : 
la signature est d'écriture nette, élégante, 
d'expression ferme et volontaire, sans 
pleins ni traits, tout unie; une signature 
d'aristocrate et de lettré. Cette pièce cu- 
rieuse, qu'une heureuse fortune nous a 
fait découvrir ', éclaire singulièrement le 
mystère des origines de notre artiste. Elle 

1. Bibliothèque nationale, ms. fr. 20490, f°6i. 

1* 



IO — 



montre qu'il a pu, comme on le suppo- 
sait, débuter près de la reine Charlotte, 
mais qu'en tout cas, il se rattache d'une 
manière authentique et formelle à la cour 
de Moulins, vraie pépinière d'artistes et 
de littérateurs, qui fut, sous les auspices 
d'Anne de France, un des facteurs les 
plus importants et, aujourd'hui les moins 
connus, de la Renaissance française. 

Retenu au service du sire de Beaujeu 
(bientôt après duc de Bourbon), Perréal, 
tout en demeurant à Lyon, ne collabora 
plus qu'au cérémonial des entrées de 
premier ordre; en 1489, pour le duc de 
Savoie, il confectionne deux écussons et 
fabrique un soleil et une lune. Au com- 
mencement de 1490, Charles VIII arri- 
vait de Moulins, et la ville, qui venait 
d'obtenir le rétablissement de ses foires 
au détriment de Bourges, voulait rece- 
voir somptueusement le jeune monarque. 
Perréal fut un des quatre peintres élus 
pour organiser les représentations : bien 
qu'officiellement classé après le vieux 
peintre municipalJean Prévost, qui avait 



1 1 



déjà reçu Louis XI, Perréal prit la haute 
direction : il attacha à sa fortune un de 
ses trois collègues, Clément Trie, et, avec 
son aide, se fit costumier, sculpteur, tout 
ce qu'on voulut, une espèce de protée 
qui dépistait le bonhomme Prévost. Il 
costuma divers personnages, notamment 
un saint Michel chargé de terrasser le 
démon; il modela un lion, qu'il revêtit 
d'une fourrure naturelle, et qu'il mit bien 
en évidence. Le tout obtint un vif suc- 
cès, et, tandis que Prévost recevait 
1 3 livres 1 3 sous, on gratifia Perréal de 
20 livres et d'une robe de drap. Mais 
notre magnifique peintre, tout enflé de 
joie, trouva la somme dérisoire et réclama 
un supplément. A l'en croire, il avait 
tout fait, tout dirigé : constructions, dé- 
cors, costumes, représentations même. 
Comme il n'a jamais brillé par la modes- 
tie, on se sent un peu en défiance à l'égard 
de sa faconde et de ses besoins de gloire 
et d'argent; à ce moment, d'ailleurs, 
Perréal venait probablement de se marier, 
car il lui naquit un fils en 1492, et il avait 



— 12 — 

peut-être des soucis très respectables 
d'installation domestique. Il faut égale- 
ment observer, à sa décharge, qu'il était 
aussi et même plus passionné pour le 
travail que pour la fortune et pour la 
gloire ; il ne s'épargna jamais, au point 
que, plus tard, sa santé faillit sombrer. 
Et cependant nous ne connaissons aucun 
témoignage de son activité dans la partie 
nécessairement la plus féconde de sa 
vie!... En 1491, il coloria deux lions de 
pierre et un écu de France, et reçut de 
ce chef 1 2 livres (environ 260 francs) ; 
le 19 juillet 1493, il étudia, avec Clément 
Trie, les plans d'un hôpital projeté près 
de la porte de Vaise : voilà tout ce que 
nous apprennent les comptes munici- 
paux de Lyon pour sa vie publique, et 
nous ne savons rien de ses travaux privés. 
Heureusement, la faveur du duc de 
Bourbon le soutenait. Charles VIII, 
lorsqu'il revint à Lyon, avec le duc et la 
duchesse de Bourbon, pour préparer la 
guerre d'Italie, commanda une entrée 
tellement solennelle qu'il en paya une 



— i3 — 

partie T , et le sénéchal de Lyon expédia, 
de la cour, l'invitation précise de confier 
à Perréal la préparation des « histoires et 
mystères ». Perréal reçut donc carte 
blanche, et un détail, extrêmement nou- 
veau, du programme arrêté dans cette 
circonstance, mérite toute notre atten- 
tion : on décida d'offrir à la reine cent 
médailles d'or, dans une coupe en or, 
tenue par un lion d'or. Perréal, qui 
fournissait tout, donna nécessairement 
les dessins de cette célèbre médaille \ 
Ainsi son premier acte consiste à intro- 
duire dans la composition des entrées un 
élément de vrai art, et cet objet est un 
portrait en miniature. 

A la suite de cette entreprise, Perréal 
reçut 210 livres. L'allocation lui sembla 
de nouveau ridicule ; il s'indigna, il n'hé- 
sita pas à saisir MM. du consulat de 
Lyon, ses ingrats concitoyens, d'une 

i. V. notre Histoire de Louis XII. 
2 . V. Natalis Rondot, La Médaille d'Anne de 
Bretagne et ses auteurs, Lyon-Paris, i885, in-8°. 



— 14 — 

requête d'allure vive et, d'ailleurs, pitto- 
resque. Au nom et en présence du corps 
municipal, Jean Caille lui avait bien re- 
commandé, raconte-t-il, de méditer la 
réception de la reine ; on lui en parla 
encore à plusieurs reprises, on le pressa. 
Quant à lui, non par présomption, mais 
sous le coup du plus chaud dévouement, 
il se mit avec ardeur à chercher, à s'in- 
former, à inventer; après de longues 
études, enfin, il produisit des croquis. 
On le chargea de toute l'exécution, de 
répartir les crédits, de diriger les ou- 
vriers; le conseil lui dit, en propres 
termes : « Jean de Paris, nous nous 
fions à vous ; tout notre honneur gît en 
vous, nous vous le remettons, et nous 
vous promettons de bien vous con- 
tenter. » Perréal n'en demandait pas 
plus, mais, grands dieux ! qu'il se disait 
patibulé de tout mener, de courir aux 
quatre coins de la ville, d'avoir toujours 
à ses trousses vingt-cinq personnes, de 
tenir les comptes, de regarder si tout 
irait bien, de payer, d'écrire, de penser ! 



— ID — 

Ah, le mot du conseil lui donnait « cœur 
au ventre », si bien que « les choses n'al- 
lèrent pas trop mal » ; mais, encore un 
coup, que de labeurs ! et pourquoi ? pour 
de l'argent? certes, non pour l'honneur 
de la ville ! Le jour de l'entrée, tout le 
monde pouvait le voir suant sang et eau, 
s'agitant comme une « âme damnée » : 
ensuite, il a consacré huit jours de travail 
à régler les comptes. Bref, il a passé plus 
de soixante-seize jours ; et, maintenant, 
on lui fait attendre son salaire, on lui 
donne moins qu'à ses ouvriers ! Et tout 
le monde qui disait : « Ah ! ah ! Jean de 
Paris sera riche, cette fois », et lui-même 
pensait que « sa science lui donnerait la 
vie » ! En réalité, il a dépensé dans sa 
maison 16 à 18 francs, et les gens sont 
ébahis, honteux, de le voir se plaindre, 
après tant de labeur et de soucis. Il de- 
mande 60 francs de supplément, pour 
l'amour de Dieu. Il déclare que c'est sa 
première demande, il espère que ce sera 
la dernière ; il ajoute qu'il est toujours 
aux ordres de la ville, qu'il a travaillé 



— i6 — 

gratis pour l'hôpital et les fortifications, 
car on lui a seulement accordé des exemp- 
tions d'impôts. On ne lui a pas encore 
payé Tentrée. du duc de Savoie, dit-il 
(c'est une erreur, mais Perréal, qui se 
piqua toujours de prétentions adminis- 
tratives, s'administrait lui-même assez 
mal et oubliait facilement ses demandes 
ou ses émargements passés). Il dépei- 
gnait enfin avec feu sa pauvreté, et priait 
le conseil de se dire : « Nous avons dans 
notre ville un homme tout à nous ; ce 
qu'il fait pour nous, il le fait de grand 
cœur : lui seul a réussi à contenter tout 
le monde, nous le contenterons! » Il 
ajoutait deux vers de latin macaronique, 
sur la joie de vivre. 

Cette fois, nous connaissons notre 
homme. Les braves commerçants qui 
formaient le conseil municipal lui accor- 
dèrent 40 livres, sans d'ailleurs beau- 
coup goûter sa verve, un peu bizarre. 

Un passage de la supplique trahit chez 
Perréal l'espoir d'un brillant avenir, et, 
jusqu'ici, on a affirmé que l'artiste était 





Signature de Jean Perre'al en 1493 
(Comptes de Lyon.) 



— I 7 — 

entré en 1494 au service du roi Char- 
les VIII, qu'il avait accompagné le roi à 
Naples, et, — une fois sur cette route, — 
on en a conclu qu'il avait rapporté d'Ita- 
lie un faire très italianisé. On a confondu 
Perréal avec un autre Jean de Paris (Jean 
Bricet), chirurgien du roi. Au contraire, 
Perréal subit à ce moment une sorte d'é- 
clipse, bien probablement due aux sail- 
lies assez accentuées de son caractère. 
Le jeune roi fit peindre, au mois de 
juin 1494, sous ses yeux et sous sa direc- 
tion personnelle, de pompeux étendards : 
rien n'y fut épargné, on y dépensa 
2,438 livres. Bonne aubaine! Eh bien! 
Perréal n'y eut point de part. La com- 
mande alla aux peintres du roi Bourdi- 
chon et Liévain, et aussi, chose plus 
cruelle, au vieux Jean Prévost de Lyon, 
avec son acolyte Pierre d'Aubenas, que 
Perréal et Clément Trie croyaient bien 
avoir éclipsés * ! Bien plus, en 1496, au 

1 . Voir, pour plus de détails, notre Histoire 
de Louis XII, pp. 49 et suiv. 



— i8 — 

retour de la campagne, Perréal figure 
dans un document officiel comme simple 
peintre lyonnais. Le 5 décembre 1496, 
Charles VIII fit célébrer un service fu- 
nèbre en l'honneur du comte de Mont- 
pensier : nous avons retrouvé le compte 
de ce service ; on y voit que Perréal par- 
ticipa à l'honneur rendu à un Bourbon, 
mais pour une part très modeste, en 
noircissant les parties blanches des murs, 
besogne pour laquelle il reçut 12 sous 
6 deniers ! C'est même un peintre lyon- 
nais peu connu, Jean Boute ou Bonté, 
qui peignit les écussons \ Perréal n'était 
donc pas encore peintre du roi. 

Par bonheur pour lui, le duc et la 
duchesse de Bourbon reprenaient à la 
cour une influence chaque jour plus 
grande. Nous croyons que le duc de 
Bourbon commanda alors à son favori 

1. Bibliothèque nat., ms. fr. 1 196, f* 41 v # : « A 
Jehan de Paris, paintre demourant à Lyon, pour 
avoir renoircy ladite chappelle ardant es lieux ou 
elle avoit esté rabillée, pour cecy la somme de 
douze solz siz deniers ». 



— I 9 — 

une œuvre exquise dont nous parlerons 
plus loin et qui devait attirer la faveur 
du monarque. Perréal, grâce à cette haute 
bienveillance, se trouve tout d'un coup 
hors de pair. C'est probablement lui qui 
obtint, dès le mois de décembre 1496, 
l'ordonnance royale qui confirmait les 
statuts des peintres de Lyon, puisque son 
nom figure le premier sur la liste des 
bénéficiaires. Il entra à la cour en 1497, 
et VHeptaméron, généralement fort exact 
dans ses récits, raconte l que, pour ses 
débuts, le roi l'envoya en Allemagne 
faire le portrait d'une beauté célèbre. 
Ainsi Perréal devait sa faveur à un talent 
de portraitiste. 

Louis XII le garda, avec Bourdichon, 
l'ancien peintre de Louis XI a , et le plaça 
bientôt parmi les « valets de chambre », 

1. Nouvelle 32% iv e journée ; récit confirmé par 
Brantôme. 

2. D'après sa déposition au Procès de canoni- 
sation de saint François de Paule, Bourdichon 
devait être né en 1457. Il se trouvait donc tout à 
fait contemporain de Perréal. 



— 20 — 

c'est-à-dire parmi les gentilshommes, et 
tous deux sur le même rang; cependant, 
Bourdichon conservait les besognes d'en- 
luminure et les travaux secondaires,tandis 
que Perréal semble planer dans Part du 
dessin et du portrait et tient le haut bout. 
Nous nous apercevons immédiatement de 
sa faveur. Au lieu du petit hôtel qu'il 
louait à un certain Pierre de la Bastide, 
rue Buisson ou rue de la Gerbe à Lyon, et 
qui lui valait 25 sous d'impôt, Perréal 
s'achète, dès 1499, un hôtel dans une rue 
nouvellement percée; il achète en même 
temps, près de N.-D. de Confort, une 
« vigne », ce desideratum de tous les artis- 
tes d'alors (Ludovic le More venait aussi, 
à Milan, de gratifier d'une vigne Léonard 
de Vinci). Une des grandes passions de 
Perréal fut toujours de lutter contre les 
impôts ; les artistes n'en payaient point à 
Bourges \ et Perréal apportait à Lyon 
ces idées-là. Il obtint par faveur, en 1499, 



1. En vertu d'une ordonnance du i3 janvier 
1430. 



— 21 — 

une nouvelle réduction \ Il glana aussi 
un autre petit profit; il devint grénetier 
du sel, c'est-à-dire participant aux dis- 
tributions gratuites, à l'instar de person- 
nages distingués comme les deux écuyers 
Sala, mais surtout côte à côte avec des 
seigneurs de très faible importance, dont 
la promiscuité, dans cette circonstance, 
ne lui parut pourtant pas à dédaigner \ 
Dès lors, ses succès ne se comptaient 
plus. A l'entrée du roi à Lyon, le 10 juil- 
let, c'est lui qui fit tout : dessins des 
représentations, cartouches à légendes, 
peut-être même les libretti, et, par con- 
séquent, les dessins d'une célèbre mé- 
daille aux effigies du roi et de la reine, 
qui passe pour un des meilleurs produits 
de cette illustre époque 3 . Cette fois, il 

i . Rolle, op. cit. 

2. Distribution du i5 décembre i5o6 : «A 
Jehan de Paris, paintre du Roy, IIII q. » (Bibl. 
nat., ms. fr. 261 10, 729). 

3. Modelée, comme celle de 1494, par Nicolas 
Leclerc, mais avec l'aide de Jean de Saint-Priest; 
exécutée par Jean le Père. 



— 22 — 

accompagna authentiquement le roi au- 
delà des monts. Il s'agissait d'un voyage 
pacifique et triomphal en Lombardie : 
Perréal assista de la sorte à la mémo- 
rable entrée de Louis XII à Milan, en 
1499; le chroniqueur Jean d'Auton, qui 
tenait la plume, a décrit avec enthou- 
siasme cette belle journée, dont retentis- 
sent tous les récits contemporains. Per- 
réal tenait le crayon. Nous n'avons plus 
ses dessins; mais il nous reste un bas- 
relief qui en est peut-être inspiré, sur le 
tombeau de Louis XII à Saint-Denis. 

Perréal profita du voyage pour lui- 
même. Il s'éprit de la pureté de la déco- 
ration antique et remplit de dessins ses 
portefeuilles, nous le savons par son 
propre témoignage. La situation du pein- 
tre français à Milan présentait un côté 
bien délicat ; tout proclamait dans cette 
ville la gloire éclatante de Léonard ; les 
Français, et Louis XII en tête, ne mar- 
chandaient point l'enthousiasme et les 
regrets; d'un autre côté, le cardinal 
d'Amboise estimait Mantegna le premier 






— 23 — 



peintre du monde. Perréal, cependant, 
ne fit pas mauvaise figure ; cette simple 
constatation nous paraît aussi à son hon- 
neur que les dithyrambes dont on l'en- 
toura plus tard. A Milan, le marquis de 
Mantoue, l'ami de Mantegna, lui de- 
manda un tableau : notre portraitiste 
s'excusa sur la multiplicité de ses occu- 
pations '. 

Au retour, nous perdons un instant la 
trace de Perréal ; nous savons pourtant 
qu*il s'orienta de la bonne façon, car il 
ajouta au titre de valet de chambre du 
roi celui de valet de chambre de la reine. 
La reine Anne de Bretagne possédait 
une grande fortune dont elle usait libé- 
ralement ; elle aimait les arts et s'y enten- 
dait bien. Elle devint la grande protec- 
trice de Perréal. 

Elle méditait précisément l'érection 
d'un monument qui devait à la fois flatter 
son amour-propre, servir ses arrière- 

i . Notices et documents de la Société de l'his- 
toire de France, p. 297. 



— 24 — 

pensées et répondre à un besoin bien 
naturel de son cœur, un monument 
somptueux et triomphal, œuvre de piété 
filiale et de patriotisme indigène, le tom- 
beau des derniers duc et duchesse de Bre- 
tagne, ses père et mère, dont elle voulait 
doter la ville de Nantes. Elle chargea 
Perréal d'en dessiner le plan, ce qui fut 
fait en i5oi, puisque l'exécution com- 
mença en i5o2. Perréal n'eut pas à se 
faire violence pour entrer dans les pen- 
sées d'Anne de Bretagne, dès qu'il s'agis- 
sait de faire largement les choses. Il 
adopta le parti pris traditionnel : un cé- 
notaphe oblong, surmonté de statues 
couchées, mais dans des proportions 
grandioses, et avec quatre statues d'an- 
gle, de six pieds de haut, détachées de 
l'ensemble, et qui lui donnent une ampli- 
tude extrême. Le procédé décoratif ne 
présente pas moins de pompe et de ri- 
chesse. Pour le goût, pour le fini, Perréal 
relève de l'antique, mais sans s'y asservir, 
sans rien emprunter; on ne trouvera là 
aucun de ces motifs anecdotiques, sou- 



— 25 — 

vent hors de saison, qui étonnent et dis- 
traient sur certains tombeaux de la Re- 
naissance, notamment sur celui des en- 
fants de Charles VIII ; tout se tient, tout 
est sérieux, subordonné, un. Peut-être 
arrivera-t-il au spectateur de soupçonner 
une légère malice (et encore n'est-ce 
qu'un soupçon) dans la ressemblance 
d'un reptile qu'étouffe tranquillement la 
Force, avec la salamandre, emblème de 
Louise de Savoie et de son fils \ . . 

Soit scrupule, soit tournure spéciale 
d'esprit, Perréal ne se fiait qu'à lui-même 
et ne croyait ni au hasard ni aux colla- 
borateurs. Il fit exécuter le tombeau de 
Nantes sous sa dictée, au point qu'il 
embaucha au mois le grand Michel 
Colombe pour la sculpture et qu'il tint 
lui-même les comptes. 

Il n'enchaîna pas non plus sa liberté 
personnelle. En i5o2, le crayon à la 
main, il accompagna derechef le roi dans 

i. Et de la branche cadette de la maison 
d'Orléans. 



— 26 — 

un beau voyage en Lombardie, et le 
digne Jean d'Auton, quoique très sobre 
de détails sur son brillant compagnon, 
raconte qu'il vit à Milan Perréal montrer 
au roi et à la cour le dessin d'un enfant 
mort-né monstrueux \ A Gênes, Perréal 
put choisir des marbres pour Nantes. Il 
les fit ensuite venir à Lyon par eau, — à 
grands frais ; — de là, on les véhicula à 
Roanne, d'où on les transporta par la 
Loire jusqu'à l'atelier du sculpteur à 
Tours. 

Après ce voyage, Perréal ne retourna 
pas à Blois, et nous le voyons encore à 
Lyon, en mars i5o3, présider à l'entrée 
de l'archiduc Philippe le Beau. On sait 
du reste que, sous Louis XII, Lyon était 
devenue, en fait, la capitale du pays, la 
métropole du commerce français et in- 
ternational, la place d'observation pour 
toutes les affaires politiques ou militaires 
d'Italie, et, après Blois, la principale 
résidence de la cour. 

i. T. II de notre édition des Chroniques, p. 102. 



— 2 7 — 

Perréal profita de la prospérité pour 
donner carrière à son goût pour les petits 
profits et à sa parfaite serviabilité, deux 
traits saillants de son caractère et sans 
doute inséparables : il agrandit son hôtel, 
il obtint une nouvelle exemption d'im- 
pôts. En i5o5, en i5o6 \ en i5o8 a , le 
glorieux peintre du roi ne dédaigne pas 
d'appuyer, ou même de négocier auprès 
du consulat de Lyon les petites affaires 
des tiers. En i5o5, la ville elle-même a 
recours à ses bons offices auprès du roi 
pour une nomination de capitaine. 

C'est alors qu'apparaît aux côtés de 
notre artiste un personnage passablement 
intrigant, Jean Lemaire, jadis attaché, 
dans un grade infime, aux bureaux finan- 
ciers de Moulins, où il avait dû connaître 
Perréal. Lemaire, voyant dans la poésie, 
bien maniée, le chemin de la fortune, 
s'était mis à versifier, avec des préten- 
tions et une boursouflure incontestables, 

i. 28 juillet i5o6. 
2. 7 novembre i5o8. 



— 28 -» 

et, en effet, il atteignit par ce moyen à la 
cour de Marguerite d'Autriche, duchesse 
de Savoie, poète et artiste elle-même, 
comme la plupart des femmes distin- 
guées de cette époque. Sitôt sur cet éche- 
lon, Lemaire ne songea qu'à en gravir 
un autre ; et voilà pourquoi on le voyait 
si assidu, si enthousiaste auprès du favori 
de la reine de France, avec laquelle sa 
propre princesse se trouvait alors en 
excellentes relations. La mort du duc de 
Bourbon fournit au jeune barde l'occa- 
sion — inespérée — d'entonner de sa 
voix la plus fade un chant destiné à 
retentir (il l'espérait du moins) ; il dédia 
ce chant à un des principaux Mécènes, au 
comte de Ligny, grand appréciateur de 
ce Perréal « qui, par le bénéfice de sa 
main heureuse, a mérité envers les roys 
et princes estre estimé ung second Ap- 
pelles en paincture l ». 

Malheureusement, le comte de Ligny, 



i. Temple d'honneur et de vertus, in-4 goth., 
s. d. 



— 29 — 

déjà bien malade, ne tarda pas à mourir, 
et Lemaire se vit réduit à emboucher la 
trompette pour pleurer le protecteur de 
tous les arts ; c'est ce qu'il fit bruyam- 
ment, savamment, et il en profita pour 
exalter encore Perréal, de sorte que 
l'amitié fut liée ; aussi, lorsque Margue- 
rite d'Autriche, décidément malheureuse 
en maris, perdit le duc de Savoie (le 
10 septembre 1504), pour glorifier la 
mémoire de ce dernier époux elle ne 
trouva rien de mieux que de s'adresser, 
dès la fin de l'année, à Perréal et à Le- 
maire tout ensemble l ; l'auteur du tom- 
beau de Nantes reçut une pension, et Le- 
maire les fonctions de « contrôleur » des 
travaux. Il s'agissait d'élever à Brou une 
cité funéraire, c'est-à-dire une maison, 
un couvent, une église et des tombeaux. 
Perréal ne vit pas d'inconvénient à 



i. La renommée de Perréal n'était pas encore 
très répandue, car il n'est même pas nommé 
dans le traité du Viator, De artificiali perspec- 
tiva, paru en Lorraine, en i5o5. 

2" 



— 3o — 

cumuler une pension nouvelle, — et 
étrangère, — avec celles qu'il recevait 
déjà du roi et de la reine. Il ne s'arrêta 
pas non plus à l'idée que Marguerite, 
artiste, entourée d'artistes, demanderait 
non des décisions, mais des idées, et que 
Péloignement compliquerait les choses. 
La princesse ne dissimulait pourtant 
pas l'action qu'elle prétendait exercer; 
elle vint en personne, dès i5o5, hâter 
la mise en train des travaux et, le 
27 août i5o6, poser la première pierre 
de l'église. 

L'exécution du gros oeuvre laissa à 
Perréal le temps de la réflexion, et nous 
le retrouvons à la cour de France, en 
service actif près de la reine ; il reçoit en 
dépôt la vaisselle d'or, le 5 juin i5o5, et 
signe l'inventaire passé en présence de 
l'évêque de Nantes et des généraux des 
finances \ Évidemment, la surveillance 
du tombeau du duc de Bretagne le rete- 
nait à la cour. L'année suivante, en 1 5o6, 

1. Bibl. nat., ms. fr. 22355, f°* 21 3 et suiv. 



— 3i — 

il se rendit à Nantes même, pour diriger 
la pose du monument, dont il rehaussa 
la sculpture par des filets d'or. La reine 
paya sans compter : cette pose seule 
coûta 5 60 livres (environ 1 5, 000 francs 
de valeur actuelle). 

Perréal fit aussi son apparition à 
Lyon ; nous l'y rencontrons le 3i juillet, 
et le 14 août il dirige l'entrée de l'arche- 
vêque François de Rohan, dont le père, 
honni de la reine, venait pourtant de 
tomber dans une disgrâce éclatante. On 
remarquera que son voyage coïncide 
avec la pose de la première pierre de 
Brou. Perréal semble s'être arrêté aussi 
à Bourges, où l'on annonçait la pro- 
chaine construction d'une tour de la 
cathédrale ; un Jean de Paris, artiste, s'y 
trouvait lors de la Fête-Dieu et donna 
ses conseils pour la procession \ 

La reine, si ombrageuse qu'elle fût, ne 
s'offensa point des allures indépendantes 
de son favori; elle se le rattacha, au con- 

1 . Moreau, op. cit. 



— 32 — 

traire, par une nouvelle entreprise. Les 
biographes de Perréal nous parlent d'un 
second voyage en Italie à la suite du roi, 
lors de la campagne de 1 507 ; ils se trom- 
pent. Perréal resta à Blois; c'est là que, 
le 7 mai 1507, il rendit le dépôt de la 
vaisselle d'or ', et nous savons même ce 
qu'il y faisait : il exécutait le portrait 
des personnages de la cour, en minia- 
ture, sur les marges du manuscrit d'une 
chanson de circonstance ; et sa nouvelle 
œuvre excitait un tel enthousiasme, que 
Louis XII, dépité de n'avoir pu rencon- 
trer Léonard de Vinci, écrivait, d'Italie 
même, cette phrase caractéristique et, en 
quelque sorte, mémorable, que nous 
nous applaudissons d'avoir découverte, 
car, si on pense au temps et au lieu où 
elle fut écrite, on la considérera comme 
une des chartes d'honneur de l'art fran- 
çais : « Quand la chanson sera faicte par 
Fenyn et voz visaiges pourtraits par 
Jehan de Paris, ferez bien de les m'en- 

1. Fr. 22335, inventaire cité. 



— 33 — 

voyer, pour monstrer aux dames de par 
deçà, car il n'en y a point de pareilz \ » 
En effet, les artistes italiens en vue ne 
faisaient guère de petits médaillons sur 
les manuscrits. 

Louis XII passa à Lyon les mois de 
mai et de juin 1 5o8, et il en repartit pour 
aller à Tours et à Angers 2 . Perréal l'ac- 
compagna probablement, car il reçoit 
une indemnité de cheval pour les mois 
de juin et de juillet 3 ; cependant, il avait 
cessé de figurer à titre régulier sur l'état 
de la Maison du roi, et il laissait un 
nouveau peintre, Jean Senclat 4 , se livrer, 
avec Bourdichon, au travail classique de 
peindre les bannières 5 . Quelque dépit 
Tavait-il saisi ? Nous n'en savons rien ; 
peut-être. En tout cas, nous lui retrou- 
vons, à ce moment, l'esprit plus lyonnais 

i. Fr. 2915, f° 17 (lettre publiée par nous 
dans la Revue de VArt, 1886). 

2. Itinéraire manuscrit de Fauteur. 

3. KK. 86. 

4. Ou Senelat. 

5. KK. 86. 



_ 



-3 4 - 

que jamais ; il ne suit pas le roi à Rouen, 
dans une visite au cardinal d'Amboise, 
le grand Mécène, et il semble demeurer 
tout à fait étranger aux commandes du 
cardinal : au mois de septembre 1 5o8, il 
fait tout simplement partie d'une com- 
mission d'alignement pour les quais de 
la Saône ; ensuite, sur une demande, très 
cérémonieusement formulée par le con- 
sulat, il vérifie et modifie le nouveau 
pont de la Guillotière, travail pour lequel 
il touche 1 1 livres 2 sous, le 1 1 jan- 
vier 1509. 

Au printemps, le roi repart encore une 
fois en Italie, guerroyer contre Venise; 
cette fois, au lieu de rester à la cour, 
Perréal fait la campagne, et le voilà sous 
la tente, enfiévré de travail, mangeant 
mal, dormant peu, mais bourrant ses 
portefeuilles de dessins, prenant aussi 
des croquis de batailles et de paysages \ 
Il y laissa sa santé, et il y aurait sans 
doute laissé la vie, sans son ami Sym- 

1 . Lemaire, Légende des Vénitiens. 



— 35 — 

phorien Champier ', qu'une bonne for- 
tune amena là, comme médecin du duc 
de Lorraine, à point nommé pour l'ar- 
racher des « maschoires de la mort ». 
Finalement, Perréal revint, sain et sauf, 
mieux en cour que jamais : « J'y ai eu 
plus de danger que de mal, » écrivait-il 
avec son humour habituel \ La reine, en 
quittant Lyon, le chargea d'exprimer ses 
remerciements à la ville, et le consulat, 
dans une délibération du 23 août, re- 
commanda lui-même la ville aux bons 
offices de son éminent concitoyen : c'est 
à Perréal aussi qu'on s'était adressé pour 
savoir quelle réception désirait le roi. Il 
était l'homme du jour, et l'originalité de 



i. P. Allut, Symphorien Champier (Lyon, 
Scheuring, i858), p. 18. Cf. l'épître de Cham- 
pier, datée de Nancy, en tête du Recueil ou cro- 
niques des hystoires des royaulmes d'Austrasie. 
Champier, l'ami de Perréal, témoigne lui-môme, 
dans ses productions, d'un caractère extrême- 
ment bizarre et original. 

2. Sa lettre du i5 novembre 1509, * Margue : 
rite d'Autriche. 



— 36 — 

son caractère obligeait évidemment à le 
traiter avec bien des ménagements \ 

Nous n'avons plus parlé de Marguerite 
d'Autriche; Perréal semblait Pavoir ou- 
bliée, et cela pour deux raisons : d'abord, 
il ne recevait pas la pension promise, et, 
ensuite, il entendait diriger les choses 



i. Cornélius Agrippa écrit de Dôle, en i5oo,, à 
un ami : « Les lettres que l'illustre Perréal vous 
a écrites de Lyon, et que vous m'avez commu- 
niquées, m'ont bien montré tout le soin que vous 
prenez de mon honneur et de ma réputation ; 
vous avez plus que rempli mon attente, vous 
avez dépassé mes vœux, puisque vous avez non 
seulement traduit mon dernier discours, mais 
que vous lui avez fait faire son chemin à Lyon, 
près des personnes surtout dont le jugement ne 
peut que m'honorer. D'après la lettre de ce 
magnifique chambellan et d'après ce que vous 
m'en dites, c'est un homme à qui nous avons 
plutôt à demander des enseignements qu'à en 
donner sur quoi que ce soit. Vous voulez cepen- 
dant que je réponde à ses questions..., etc. » Il 
est à remarquer que Cornélius Agrippa, dans ce 
texte, appelle encore notre artiste « Perréal » ; 
plus tard il ne l'appellera plus que « Jean de 
Paris ». 



i 




Signature de Jean Perréal en i5io 
(Bibliothèque nationale, ms.fr. nouv. acq. 1412.) 



-3 7 - 

et ne pas se laisser arrêter par de mes- 
quines objections d'économie. Il fît l'ef- 
fort d'aller à Bourg exposer ses devis au 
conseil de Bresse, et, selon lui, il déploya 
une extrême modération, sans dissimuler 
toutefois qu'il visait à la perfection et 
qu'il voulait le concours des meilleurs 
artistes. Or on prétendait lui imposer un 
sculpteur au rabais, un certain Thibaut, 
qui avait déjà touché un acompte de 
3oo livres. Le débat dura plus d'une 
semaine; on juge si Thibaut subit les 
attaques d'une verve caustique et passa- 
blement altière. Perréal avouait avoir 
« marchandé », sinon avec Colombe 
même, du moins avec un de ses élèves, 
et il voulait dégoûter Thibaut, lui mon- 
trer où « le bât lui blessait » ; dans ce 
but, il l'accablait de dessins, d'instruc- 
tions; il lui fît même une grande démon- 
stration sur un mur. Thibaut acceptait 
tout, non sans motifs. Il accepta même 
la clause que son marché serait résiliable 
ad libitum. Perréal partit furieux : il 
a s'était rompu la tête », disait-il; il avait 

3 



— 38 — 

fait pour plus de ioo francs de dessins ; 
un grand seigneur ou un capitaine rece- 
vaient 1,000 francs pour moitié moins de 
peine! « A la "barbe » de Thibaut, il ju- 
rait bien de le congédier à la première 
occasion '. 

Quant aux matériaux, Perréal ne vou- 
lait pas de statues en bronze doré, somp- 
tueuses comme effet d'ensemble, mais 
peu délicates, avec leurs lourdeurs inévi- 
tables, leurs retouches, leurs chevelures 
en « queue d'étoupes »; il préférait le 
marbre noir et blanc comme à Nantes, 
ou, faute de mieux, l'albâtre \ Malheu- 
reusement, ses désirs ne faisaient pas la 
loi et subissaient la critique, d'abord de 
Marguerite, qui tenait la bourse et la 
tenait bien, puis d'une cour trop artis- 
tique pour que les absents y eussent tou- 
jours raison. Cependant, Marguerite 
adressa des encouragements officiels et 
même effectifs à Perréal ; elle l'avisa du 

i. Rapport de Perréal du 4 janvier i5i 1. 
2. Môme rapport. 



-3 9 - 

paiement de ses pensions arriérées, que, 
par le fait, il toucha seulement en juillet 
i5io, et, d'autre part, Lemaire, en ce 
moment à Lyon, était tout feu tout 
flamme, parce qu'il grillait de se faire un 
sort près de la reine : il pressait Perréal, 
il lui montrait, par la pensée, la beauté 
de l'église qui encadrerait les tombeaux : 
si la princesse, déjà munie de dessins, en 
demandait encore, « c'est qu'elle voulait 
du mémorable ». Et Lemaire chantait, 
célébrait, dans ses écrits, le nouvel Apel- 
les, le nouveau Zeuxis '. 

Sous cette double impulsion, Perréal 
rouvrit ses cartons, y prit des dessins 
personnels ou d'après l'antique, et en fit, 
selon son expression, « un bouquet », 
qu'il montra à Lemaire et dont il ne res- 
tait plus qu'à extraire le suc. Il estimait 
la dépense à 2,5oo écus ; Lemaire se 
chargea de la faire accepter, en adoucis- 
sant un peu le chiffre. 



i. Privilège pour la Légende des Vénitiens, du 
3o juillet i5og. 



— 40 — 

En effet, Perréal reçut l'autorisation de 
« marchander » : il acheta aussitôt de 
l'albâtre, aussi beau que possible, enga- 
gea un sculpteur, se mit lui-même à 
Pœuvre, et déjà il se voyait, par l'esprit, 
à Brou comme à Nantes, en train d'ins- 
taller son monument x . 

La fatalité voulut que des accidents 
se produisirent dès que Thibaut mit la 
main à l'albâtre ; selon Perréal, c'était la 
faute de Thibaut, il aurait dû laisser 
préalablement la matière se durcir à l'air. 
Là-dessus, les critiques de pleuvoir à la 
cour de Marguerite, et de pleuvoir sur 
Perréal. A quel prix Perréal avait acheté 
des matériaux inutilisables! N'aurait-il 
donc pu se renseigner près du premier 
tailleur de pierre venu ? Le secrétaire 
princier Barangier et Lemaire reçurent 
des lettres de la bonne encre. Lemaire 
rentra sous terre, selon l'habitude, mais 
non sans insister pour qu'on donnât sa- 
tisfaction à Perréal, en précisant et en 

i. Lettre de Perréal, i5 novembre 1509. 




Dessin à la plume 
(Comptes de Lyon.) 



— 4i — 

agrandissant sa mission, en lui deman- 
dant des plans pour l'église même, 
comme pour les tombeaux, dût-il ne 
venir à Brou que trois ou quatre fois par 
an '... 

L'automne de i5io se passa dans ces 
pourparlers. Quant à Perréal, on devine 
son indignation, sa causticité. Un long 
mémoire qu'il adressa à Barangier, le 
4 janvier 1 5 1 1 , en porte de fortes traces : 
« On lui parle de se renseigner, dit-il, 
mais, quand il veut le faire, les gens lui 
rient au nez et disent qu'ils n'ont rien à 
lui apprendre. » En fait de tailleurs de 
pierre, il renvoie aux sculpteurs de Dijon, 
qui manient l'albâtre : là-dessus, il fait 
un cours sur l'albâtre et ses diverses 
natures. Les accidents viennent de Thi- 
baut. Il propose de s'adresser à Michel 
Colombe lui-même, qui, par égard pour 
lui, veut bien, malgré la vieillesse et un 



i. Lettre des 22 et 25 novembre i5io, récem- 
ment acquise par la Bibliothèque nationale de 
Paris (fr. nouv. acq. 141 2). 



- 4* — 

surcroît de travaux, dessiner les statues 
pour ioo écus, et même les exécuter 
dans son atelier de Tours ; à Pappui de 
son dire, Perréal joint un dessin du tom- 
beau de Nantes, avec un compte som- 
maire. Au reste, puisque l'église n'est pas 
encore prête et que (selon le conseil de 
Lemaire) on lui demande des plans pour 
elle, il prie Barangier de bien réfléchir à 
la question des tombeaux, de prendre 
son temps. 

Avec ce mémoire, d'un style fort pri- 
mesautier, mêlé de flatteries, de dédains, 
de plaisanteries, de désinvolture, Perréal 
expédia une lettre de grand style pour la 
princesse ; là, il glissait, en homme de 
cour, sur les points délicats ; il protestait 
de son zèle pour les travaux de l'église, 
où il comptait utiliser ses souvenirs ita- 
liens ; il insistait sur l'expulsion de Thi- 
baut, qui venait d'exécuter mal des ar- 
moiries et des clefs de voûte, et qui 
pouvait regagner son acompte dans le 
gros œuvre; il voulait de « grands ou- 
vriers », et il souhaitait ardemment plaire 



- 4 3- 

à la princesse, « des aultres ne me 
chault » ; c'est la flèche de Parthe ! Habile 
flèche, du reste, car Marguerite, placée 
entre les raideurs de Perréal et les infi- 
délités, les intrigues de Lemaire, qui se 
glissait à la cour de France, opta pour 
Perréal : en février, elle lui signifia 
qu'elle le nommait contrôleur des tra- 
vaux de Brou à la place de Lemaire, et 
qu'elle faisait porter son fils au rôle des 
bénéfices ecclésiastiques de Bourgogne \ 
Perréal vint à Brou prendre les me- 
sures de l'église et s'entendre avec le 
conseil local, « les robes longues », 
comme il disait jovialement. Il s'entendit 
fort peu et revint à Lyon, où il retrouva 
Lemaire, qui, toujours gaillard et entre- 
prenant, malgré sa disgrâce, s'employa à 
le calmer, sans succès d'ailleurs. « Rien 
ne mord sur ce diable d'homme, écrit 
Lemaire àBarangier 3 ; il m'a répondu, 

i. Le 6 novembre i5ii, Pempereur renvoya, 
approuvé, à sa fille, ce rôle de bénéfices (Le 
Glay, Lettres de Max imi lien, I, 444). 

2. Lettre du 28 mars i5ii. 



r 



— 44 — 

à propos des critiques de la cour, que, 
quand les chiens ne peuvent mordre, ils 
se saoulent à aboyer. » D'ailleurs, l'ex- 
cellent Lemaire, lui-même, malgré ses 
flatteries, se vengeait noblement de Mar- 
guérite en publiant VEpître de Vantant 
vert, avec une dédicace, fort humble, à 
Perréal, « son patron et son protecteur », 
auquel il déclarait devoir la bienveillance 
de la reine et le bon accueil des Lyon- 
nais \ 

Dans l'état d'extrêmes tiraillements 
politiques où l'on se trouvait entre Blois 
et Bruxelles, Perréal, que Marguerite 
avait voulu séparer de Lemaire, aurait 
dû se garer d'une démonstration aussi 
compromettante; il n'y pensa même pas. 
Il ne songeait qu'à expulser Thibaut, sa 
bête noire, qu'il comparaît à Colombe 
comme « le plomb à l'or ». Il lui donna 

i. i" mars i5ii (i5io, ancien style). Il ressort 
de cette dédicace que Perréal s'était chargé d'of- 
frir à la reine Y Amant vert, et il en avait avisé 
Lemaire par une lettre adressée à Claude Tho- 
massin, l'un de MM. du consulat de Lyon. 



- 4 5 - 

congé et partit pour Blois, le 28 mars 
1 5 1 1 ; il y reçut une lettre extrêmement 
catégorique contre Lemaire. Le 3o, sans 
se déconcerter, il répondit à Marguerite 
sur un ton vraiment impertinent, qui 
porte, nous en sommes convaincu, la 
trace des difficultés politiques du mo- 
ment : il déclarait (à tort, du reste) que 
tout était réglé avec Colombe; quant à 
lui il avait fini et emballé ses plans ; la 
princesse pouvait les faire prendre et les 
lui renvoyer à Lyon pour l'exécution, ou 
les garder. Il plaignait Lemaire; il se 
plaignait lui-même, il entonnait son air 
favori, sur sa tête rompue, sur ses pas et 
démarches sans nombre, surtout sur Tin- 
suffisance de ses émoluments... 

Nous entrons dans ces détails, parce 
que nous en tirerons plus tard d'impor- 
tantes conséquences pour l'appréciation 
de l'œuvre de Perréal. Et d'ailleurs 
n'éclairent-ils pas singulièrement la vie 
et la physionomie du personnage? 

Nous remarquons surtout que ce 
pauvre Perréal, orgueilleux, et indépen- 



- 4 6- 

dant, et laborieux, à l'excès, cumulant 
diverses pensions, alors qu'une seule 
suffisait aux autres artistes, concluait 
toujours à se dire dépourvu, et il Tétait 
vraiment, au point que sa vie intime 
paraît en avoir passablement souffert. 

Sa femme, qui était fort distinguée, à 
en juger par les témoignages publics 
d'amitié que lui donna la reine ', ne 
jouait près de lui aucun rôle. 

Nous lui connaissons un fils et deux 
filles. Malgré son patriotisme et ses im- 
patiences, il profita de l'offre de Margue- 
rite et s'empressa d'envoyer son fils, qui 
avait à peine dix-huit ans, prendre ses 
grades à l'Université de Dole : « De la 
sorte, mon petit argent sera de mesure », 
écrivait-il à la princesse. Lemaire, qu'on 
chassait par la porte et qui rentrait par la 
fenêtre, alla lui-même conduire le jeune 

i. Lettre de Lemaire, i5 juin i5og. Lemaire 
lui envoie copie d'une lettre de Louis Barangier, 
secrétaire de Marguerite d'Autriche, « afin que 
la reine la voie »... On ne sait pas le nom de la 
femme dePerréal. 




Dessin à la plume. 
(Comptes de Lyon.) 



- 47 — 

homme à Dole, d'où il s'empressa de 
dédier à Marguerite le premier livre des 
Illustrations de Gaule ', fortement décoré 
de l'écusson princier. 

Quant aux filles de Perréal, çlles se 
consacrèrent, semble-t-il, à la pein- 
ture a . En cette même année, le 3o 
juin i5ii, « noble homme Jehan Per- 
réal, dit de Paris », maria Tune d'elles, 
dans cette ville de Bourges où nous 
croyons le retrouver souvent. Elle 
épousa fort modestement le pelletier 
Georges de Ruilly; la mère ne parut 
point ; un artiste, Jean Richier dit 
d'Orléans, servit de témoin. De dot, 
pas l'ombre; heureusement, une sœur 
de Perréal, une vieille fille nommée 
Léonarde s , intervint pour donner un 
mince trousseau, un lit et 80 livres 4 . 

1 . 9 octobre 1 5 1 1 . 

2. Rondeau de Clément Marot, sur la mort de 
Claude Perréal. 

3. Probablement fixée à Bourges. 

4. Mémoires de la Société' historique du Cher, 
1889, p. 34. 



- 4 8- 

L'autre fille "paraît plus tard ' à Lyon, 
sous le nom de « dame de Chandeneux », 
ce qui suppose une seigneurie et par 
conséquent un mariage plus sortable. 

A partir de ce moment, les relations 
de Perréal avec Marguerite se tendirent 
de plus en plus, malgré les efforts' de 
Lemaire. Le 8 septembre i5n, Lemaire 
écrivait de Brou, pour remercier au nom 
de Perréal, pour dire que l'artiste arrivait 
le lendemain, avec deux sculpteurs, Jean 
et Henriet de Lorraine, et qu'il s'occu- 
pait de l'église. Le 9 octobre, de Dole, 
Lemaire insistait sur le renvoi de Thi- 
baut et sur la convenance de passer un 
marché avec Colombe. Marguerite ac- 
cepta la combinaison : Colombe s'enga- 
gea à fournir des maquettes selon les 
dessins et la « très belle ordonnance » de 
Perréal, en utilisant les plans de l'église 
fournis par le même Perréal. Le 28 mars 
i5i2, Lemaire écrit que tout est réglé 
avec Colombe, par ses soins; le 14 mai, 

1. 1529, i538. 



— 49 — 

qu'il a remis à Perréal les premières ma- 
quettes de Colombe, pour les « étoffer » 
de peintures, « ce qui est un grand chef- 
d'œuvre », et il réclame de l'argent pour 
Perréal. 

En somme, Perréal avait fourni, et 
non sans peine, ce qu'on lui avait de- 
mandé, et il devait comprendre que son 
rôle s'achevait. Il ne le comprit pas, et il 
écrivit, le 20 juillet, une lettre pleine de 
dépit « ...Colombe fait les Dix Vertus ', 
comme il Ta promis ; il en est payé par 
Jean Lemaire, car de ce marché et de ce 
paiement je ne me suis pas mêlé. J'ai fait 
l'ordonnance de ces Dix Vertus et leurs 
dessins; Colombe est après... » : ayant 
blanchi et doré les maquettes, et peint 
les carnations, il demande à traiter de 
même les Dix Vertus. «... Mais je soup- 
çonne que vous êtes lasse de Jean de 
Paris, par suite de mauvais rapports ou 



1. « Les Dix Vertus » étaient fort en honneur. 
11 paraît, d'après Jean Bouchet, que Jean d'Au- 
ton fit une ballade des Dix Vertus. 



— 5o — 

autrement. » Il se tient cependant aux 
ordres de la princesse : « Puisqu'il est 
ainsi que vous n'avez plus affaire à moi, 
je vous supplie au moins de me com- 
mander et mander si je dois blanchir les 
Vertus comme ce que je vous ai en- 
voyé \ » Tristes sollicitations vraiment! 
douloureux mélange d'inspirations al- 
tières et besogneuses ! Probablement, 
Marguerite ne répondit pas, et Perréal 
lui adressa de Blois, le 17 octobre i5i2, 
une dernière lettre, plus pitoyable encore. 
Il s'en prend à Lemaire, qui a tout 
arrangé, dit-il, pour le supplanter : « Il 
ne me chault de parleurs et inventeurs 
de mensonges, notamment à l'égard de 
Lemaire, dont sans doute on m'impute 
la conduite ! Depuis Pâques, Lemaire 
m'a menacé, à me battre et à me tuer, 
parce que je lui ai rappelé sa naissance, 
l'entretien qu'il a reçu, la bonté de la 
dame qui le soutenait, c'est-à-dire de 

1. Mémoire de la Société des Sciences et Arts 
de Lille, i85o, p. 339. 



— 5i — 

vous, Madame, qui Pavez pris et tiré de 
la pouillerie (sic) et pauvreté ; on le con- 
naît pour ce qu'il est. Il lui a fallu aller 
habiter en Bretagne ', parce que chacun 
le surveille. Avant peu, vous en enten- 
drez chanter une mauvaise chanson, je 
n'en dis pas davantage a , etc.. » 

En voilà assez. A ce même moment 
(octobre i5i2), Marguerite envoie l'ar- 
chitecte Van Boghen diriger l'église et 
les chapelles de Brou ; en 1 5 1 6, le peintre 
« Jehan de Bruxelles » exécutera le dessin 
final des tombeaux 3 . 

Dès lors, Perréal apporte au service de 
la cour de France une régularité exem- 
plaire et nouvelle. Il s'astreint positive- 
ment à sa charge : en i5i2, en i5i3, en 
i5 14, on le voit toujours là. A la fin de 

1 . Le maire venait d'obtenir de la reine la com- 
mande d'une chronique de Bretagne, sur le mo- 
dèle des Illustrations de Gaule. 

2. Mémoires cités, p. 241. 

3. M. le comte de Quinsonas, Matériaux pour 
servir à Vhistoire de Marguerite d'Autriche, I, 
337. 



— 62 — 

quette : « Je ne suis qu'un peintre », 
Yoilà son credo formel, dans une lettre 
officielle qu'il adresse à Barangier, le 
8 octobre 1 5 1 1 ; et, de plus, comme pein- 
tre, il n'est que portraitiste \ Il entre, 
avec cette spécialité de portraitiste, dans 
la maison du roi, après s'être fait con- 
naître par ses petits portraits-médailles 
de 1494; il 7 reste au même titre, et 
presque tout de suite, sur Tordre de 
Charles VIII, il exécute le portrait d'une 
dame allemande. En 1499, H donne 
encore un dessin de médaille. Au bout 
de plusieurs années, en 1507, Louis XII 
parle de lui comme d'un « portraitiste de 
visages », qui peint de petits portraits 
sur parchemin, et sans rival en Italie 
dans ce genre-là \ 

A ces indications si précises, s'ajoutent 
des détails non moins concordants : 



1. Tory, dans son Chamfleury, appelle Perréal 
« excellant peintre qui pourtraict moult bien ». 

2. Lettre citée de Louis XII. Nouvelle citée de 
YHeptaméron. 



— 63 — 

quoique peintre, Perréal abandonne au- 
tant qu'il peut à Bourdichon les déco- 
rations de bannière, si recherchées en 
Italie, et même les enluminures à la 
française, dès qu'il s'agit de paysages ou 
de batailles ; il décline, à plus forte rai- 
son, la commande d'un vrai tableau pour 
le marquis de Mantoue. D'autre part, 
ses dessins d'ornementation trahissent, 
encore sous le ciseau de Colombe, une 
main extrêmement fine et minutieuse. Les 
petits I et K du Chamfleury l de Geof- 
froy Tory, qu'il nous faut bien citer mal- 
gré leur peu d'importance et l'exactitude 
contestable du rendu, nous montrent 
deux études d'hommes nus, enserrés 
toujours dans un petit médaillon qu'on 
dirait destiné à une ciselure. Il résulte 
clairement, ce nous semble, de la concor- 
dance parfaite de ces constatations, que 
Perréal représente un art particulier, qui 
s'écarte, à la fois, des enluminures propre- 
ment dites du moyen âge et du grand art 

i. Paru en i52g, à l'enseigne du Pot cassé. 



-6 4 - 

italien. Il fut le Christophe Colomb de 
nos miniaturistes du xvni c et du xix c siè- 
cles, et, à cet égard, s'il connut des émules 
ou des élèves, Louis XII a pu dire qu'il 
n'avait point de pareil. 

Ce jalon posé, marchons plus loin, 
prenons en main les fils les plus ténus 
(puisque nous n'en avons pas d'autres). 
Les dessins de deux têtes et d'une botte, 
qui se trouvent sur les registres de Lyon, 
nous prouvent, une fois de plus, l'esprit 
bizarre et un peu fantasque de notre 
artiste, qui se permet de griffonner de 
petites pochades jusque sur les augustes 
livres de comptabilité de la bonne ville 
de Lyon. Ce n'est qu'un coup de crayon, 
mais il est amusant, sans intention de 
style ni d'allure ; il cherche purement la 
vérité. Or, si l'on se rappelle l'apostro- 
phe, souvent citée, où Jean Lemaire ' 
invite le « noble » Jamet (ou Jehannet, 
qu'il écrit « Jean Hay ») à venir « voir 
la nature » chez Jean de Paris, on 

i . La Plainte du désiré. 



s 



- 65 — 

trouve que Lemaire qualifie exactement 
les deux grands portraitistes contempo- 
rains : d'un côté, Jamet ou Janet Clouet, 
coryphée du genre « noble », c'est-à-dire 
l'homme classique et impeccable du 
grand faire, du haut style ; d'autre part, 
Jean de Paris, l'homme de la nature ', 

i . L'école de Moulins fait une sensible part à la 
nature et au paysage. Autour d'Anne de France, 
on était virgilien, pastoral, à la façon du xvnr siè- 
cle. Le sire de la Vauguyon, François d'Escars 
(ms. fr., nouv. acq., 75, à la Bibliothèque natio- 
nale), nous affirme, par exemple, que la mort 
d'Anne fit couler bien des larmes : 

£z champs, ez bois, en ville et en tous lez... 
Vous qui guardez les bestes en pâtures. 
Près de couldriés, des chennes et oulmeaux, 
...Dire devez, dans vos chalumeaux, 
Chanssons de pleurs..., 

et ainsi de suite. Si, à Moulins, on aime l'anti- 
quité, c'est à la façon de Perréal, sans l'exclusi- 
visme courant, sans absorption : on cite les 
héros antiques, mais on les discute, on leur 
compare ceux du temps présent, selon la raison 
et non selon la légende. Ainsi La Vauguyon 
dira, en parlant de la mort de sa maîtresse : 

En Vallère, en Virgille, ou Omère, 

Ne lus jamais d'une plus grande perte, (fo 36 v°) 

4* 



— 66 — 

de caractère ombrageux, primesautier, 
brillant, spirituel '. 

Jamet Clouet engendrera son ad- 
mirable fils François, et une école 
dont on ne connaît malheureusement 
que quelques très rares spécimens 
originaux; froide et un peu imper- 
sonnelle, comme dit Lemaire, mais 
consciencieuse, extraordinaire d'habileté 
et de finesse, parfaite de pureté, de rec- 
titude ; le peintre a vécu d'une vie nette, 
tranquille; simplement, sans clair-obscur 
et presque sans ombres, il présente 
de grands seigneurs et de grandes da- 
mes, dont les ors, les perles étincellent 
avec un brio étonnant, mais dont la 
physionomie est pleine de réserve; il 
les donne, comme il les a toujours 
connus, masques de cour, fins, pâles, 
où le sentiment, trahi plutôt qu'ac- 
cusé, se perd dans une distinction su- 
prême ; on les reconnaîtrait entre mille 
à leurs yeux clairs, à leurs bouches d'une 

i. « Pour lui donner umbrage et esperitz. » 



-6 7 - 

exquise finesse, à un modelé d'un fondu 
tout à fait étonnant. 

A Lyon, bien au contraire, après Per- 
réal, tourmenté, individuel, agissant, 
plein de cachet, nous rencontrerons cette 
lignée des Corneilles, que M. Bouchot 
nous a révélés, médiocres dessinateurs, 
mais de trait et d'esprit vifs, avant tout 
amis du relief et de l'individualité, amu- 
sants, bons vivants, très volontiers sou- 
riants '. 

La descendance des deux écoles nous 
montre bien la portée du parallèle ins- 
titué, un peu ironiquement, par Lemaire ; 
c'est quelque chose comme ce qu'on 
nomme, en Italie, l'école romaine et 
l'école florentine. 

Ainsi, d'après tous ces indices, nous 



i. Ajoutons que le miniaturiste attitré de la 
cour du comte d'Angoulôme à Cognac, qui était 
une sorte de dépendance de la cour de Moulins, 
Robinet Testard, présente avec Perréal une pa- 
renté frappante comme portraitiste, ainsi qu'on 
peut le voir par les portraits disséminés dans son 
Boccace (Bibliothèque nationale, ms. fr. 599). 



68 



devons chercher l'œuvre caractéristique 
de Perréal dans des manuscrits, sous 
forme de petits portraits-médaillons for- 
tement individualisés, d'un genre peu 
usité en Italie. 

Or, un célèbre manuscrit contient une 
série de sept petits portraits, qui répon- 
dent quelque peu à ce programme. C'est 
le livre de la Guerre gallique (traduction 
libre des Commentaires de César), exé- 
cuté pour François I er : ce livre se com- 
pose de trois volumes, actuellement 
dispersés, le tome I er au Musée bri- 
tannique x , le tome II à la Bibliothèque 
nationale de Paris 2 , le tome III à Chan- 
tilly. La préface, que M. le baron de 
Noirmont a placée en tête de leur repro- 
duction pour la Société des Bibliophiles 
français, nous dispense d'insister sur 
l'histoire de leurs vicissitudes. Chacun 
des précieux volumes a régulièrement 
reçu, d'un bout à l'autre, une illustration 

i. Ms. harléien Ô2o5. 
2. Ms. fï. 13429. 



-6 9 - 

de grisailles, datées et signées d'un G., 
qui signifie Godefroy le Batave \ L'au- 
teur a ponctuellement exécuté un tome 
par an, le premier en i5i8, le second en 
i5 19, le troisième en i52o. Mais, tout à 
coup, au milieu du tome II, un artiste, 
d'humeur évidemment indisciplinée et 
fâcheuse, sans se soucier ni de symétrie, 
ni de la belle régularité de l'ouvrage, fait 
irruption dans le travail de son confrère, 
pour y loger, sous prétexte de héros anti- 
ques, plusieurs petits portraits, fort affir- 
més, des amis d'enfance du roi. Ne recon- 
naît-on pas là notre illustre fantasque, son 
art très spécial et ses façons non moins 
particulières ? Rien ne prépare les por- 
traits dans la composition, rien ne les 
suit; on s'est borné à les appuyer de 
quelques médaillons médiocres, d'après 
l'antique. Y avait-il à la cour de Fran- 
çois I er un autre artiste que Perréal, 
d'assez vieille éducation et d'âme assez 
singulière, pour rompre ainsi en visière 

1. Comme l'a montré M. le duc d'Aumale. 



— 7° — 

avec la sacro-sainte convention? Le tome 
où il apparaît date de 1 5 19. Et nous sa- 
vons que Perréal se trouvait à Lyon en 
i5i8, et probablement aussi en i520, 
année où ses gages furent réduits. 

On objectera que les médaillons dont 
nous signalons Pintérêt, possèdent déjà 
deux pères. M. le marquis de la Borde 
les attribue tout simplement au Godefroy 
des grisailles, hypothèse qui, malgré l'es- 
prit extrêmement judicieux de son au- 
teur, nous semble inadmissible. Godefroy 
est un bon Hollandais, élève très docile 
de Lucas de Leyde, patient, méthodique 
jusqu'à la moelle, et maniéré, mignard, 
tout confit dans la grâce; il ne se serait 
permis ni une irrégularité violente comme 
celle-là, ni un beau faire, aussi solide, 
aussi ferme que celui des médaillons \ 
Nous ne pouvons vraiment accorder à 
maître Godefroy que les pâles médailles, 



1 . Godefroy signe et date chacune de ses pro- 
ductions, et aucun des médaillons ne porte une 
mention quelconque. 



— 7 l — 

dans lesquelles une bonne âme s'est in- 
géniée à encadrer l'impromptu. 

Mon ami, M. Bouchot, dans la remar- 
quable étude sur Les Clouet, où il s'est, 
le premier, hardiment risqué parmi les 
méandres du début du xvi e siècle, retire 
ces médaillons à Godefroy, pour en faire 
honneur à Jamet Clouet, et ici la discus- 
sion devient plus complexe. 

M. Bouchot démontre que l'auteur des 
médaillons a d'abord exécuté au crayon 
un croquis sommaire des personnages 
d'après nature; il a reproduit un de ces 
croquis, apparenté aux pochades de 
Lyon, bien que, naturellement, plus 
mûr, plus écrit. 

M. Bouchot a retrouvé plusieurs de 
ces crayons ■ : or^ il les rencontre dans 
une ancienne collection de cour, qui 
contient aussi des croquis attribués à 

i . Il en rapproche aussi ,un dessin, représen- 
tant Louis de Luxembourg, comte de Ligny (à 
Chantilly), lequel pourrait être également de 
Perréal. Ligny était, comme nous l'avons dit, un 
des plus chauds admirateurs de notre peintre. 



— 7 2 — 

François Clouet, et c'est pourquoi, après 
M. Durrieu *, il suppose (mais en spéci- 
fiant bien qu'il s'agit d'une simple sup- 
position), que son portefeuille forme une 
sorte de raccolta familiale, où Ton a dû 
joindre les dessins du père à ceux du fils ; 
et du moment où les dessins appartien- 
nent à Jamet Clouet, il faut en dire au- 
tant des miniatures. 

Malgré les réserves expresses dont 
l'entoure son auteur, l'hypothèse est 
honnête et même ingénieuse. Pourtant 
nous croyons pouvoir lui opposer une 
observation, que nous empruntons à 
M. Bouchot lui-même, et qui nous paraît 
de conséquence. 

On connaît, comme l'a montré notre 
habile confrère, une œuvre authentique 
de Jamet Clouet; elle a disparu..., mais 
Thevet, au xvi e siècle, en a donné une 



i. Bouchot, Les Clouet ; — P. Durrieu, Notes 
sur quelques manuscrits précieux de la collection 
Hamilton (dans les procès-verbaux de la Société 
nationale des Antiquaires de France, année 1889). 



gravure. Celle-ci, qui représente un sa- 
vant nommé Oronce Fine, est défec- 
tueuse et, malgré tout, elle confirme pra- 
tiquement et en traits parlants notre 
première impression sur Jamet Clouet ; 
il y a là infiniment de style, bien qu'un 
peu sec, sévère mais on ne peut plus 
« noble » : le personnage, de grande di- 
mension, apparaît à mi-corps, largement 
drapé, avec des cassures monumentales 
qui forment dans cette draperie des 
tranches et même des méplats d'ombre; 
ses mains, à longs doigts, trahissent un 
dessin très caractéristique, très serré, 
même un peu boudiné; le visage, sorte 
d'Holbein affaibli, manque, non pas de 
largeur, mais de décision, de relief; on 
dirait que le peintre, ayant vu des Ita- 
liens, se méfie, et, comme il ne pratique 
point le principe de la subordination, il 
ne se retrouve franchement à son aise 
que dans les accessoires . Bref, cette œu- 
vre si précise, si peu banale, même à tra- 
vers sa traduction, nous rend un grand 
service, car elle nous mène directement 

5 



— 74 — 

à mettre le nom de Jamet Clouet sous 
un portrait de François I er , encore exis- 
tant, qui porte au plus haut degré le 
cachet du môme faire ; le portrait à mi- 
corps, en costume blanc, qui se trouve 
maintenant au Louvre, après avoir été 
conservé pendant des siècles, dans sa 
place primitive, à Fontainebleau, où, 
d'ailleurs, il passait traditionnellement 
pour une œuvre de Jean Clouet f . On 
peut dire que nous connaissons deux 
œuvres de Jamet Clouet, et que Tune 
d'elles se trouve sous nos yeux. 

Eh bien, si du portrait de François I er 
nous revenons aux miniatures de la 
Guerre gallique, le contact nous échappe 
tout à fait; ici, comme dans la miniature, 
comme dans le croquis préliminaire, au- 
cune recherche du côté du costume, qui 
reste à un rang secondaire. Le peintre, 

i. V. Description historique de Fontainebleau, 
par l'abbé Guilbert (Paris, André Cailleau, 1731, 
in-18), t. I ,r , p. 1 59; — le P. Dan, Trésor des 
merveilles de Fontainebleau (Paris, 1642, in-f»), 
p. i38< 



- 7 5- 

adroit à saisir la ressemblance, s'en prend 
au visage; son crayon, d'un trait objectif, 
pittoresque, fidèle encore plus que , sa- 
vant ', pénètre' le modèle sans se préoc- 
cuper ni de l'ennoblir ni de le parer ; il 
donne la note piquante de la vie et de la 
vérité ; il s'attaque avec finesse à la bou- 
che et aux yeux. La touche franche et 
sans artifice a cependant de la douceur, 
du fondu. L'ensemble de chaque petit 
portrait rend avec une sincérité incisive 
le personnage lui-même tel qu'il est, 
gracieux ou vigoureux, spirituel ou froid. 
Nous sommes aussi loin de la haute ma- 
nière, un peu féodale et allemande, de 
Clouet, que de la largeur du faire italien ; 
l'Italie ne produit rien de semblable à 
ceci. 

Une main contemporaine, heureuse- 
ment sans respect pour les Commentaires 

i. Bibliothèque nationale, ms. fr. 14363 : ma- 
nuscrit recouvert de velours, à deux fermoirs ; 
avec un semis de coquilles de l'ordre en guise 
de clous, et petit saint Michel de cuivre; comme 
motif central sur le plat. 



de César, a ajouté, sous chaque médail- 
lon, le nom et l'âge des personnages : 
Artus Gouffier, Guillaume Gouffier (plus 
connu sous le nom de Bonnivet), Lau- 
trec, La Palisse, Montmorency, Fleu- 
ranges, Tournon. 

Un autre de nos excellents confrères, 
M. Durrieu, saisi d'une juste admiration 
devant une miniature, qui orne un ma- 
nuscrit relatif à l'ordre de Saint-Michel, 
exécuté vers 1495 % s'écrie que cette 
merveille doit appartenir « au plus grand 
artiste de ce temps », et il prononce par 
conséquent le nom de Perréal. En sa 
qualité de savant, il est frappé de re- 
trouver, parmi les acquisitions ou les 
commandes de chaque roi, quelque ma- 
nuscrit spécial à Tordre royal de cheva- 
lerie et, par suite, d'induction en in- 
duction, il en arrive à penser que le 
manuscrit de 1495 est une œuvre com- 
mandée à Perréal par Charles VIII. 



1. Un chef-d*œuvre de la miniature française 
sous Charles VIII, Paris, in-4*. 



Seigneur de Bon ni n 



— 77 — 

L'attribution nous paraît séduisante. 
Il ne s'agit pas d'une enluminure propre- 
ment dite, mais d'un groupe de portraits, 
qui rentrent bien dans les attributions de 
Perréal. 

Rien de plus simple que le sujet : 
Charles VIII, escorté de deux person- 
nages, reçoit la visite de saint Michel, 
lui-môme escorté d'anges. Le groupe 
céleste, d'allure souriante et doucement 
heureuse, présente d'agréables visages 
féminins, d'une vérité très légèrement 
transfigurée; de délicats empâtements 
blancs forment les carnations ; les che- 
veux, d'un blond clair exquis, sont dis- 
tribués et ébouriffés en petits traits spi- 
rituels x ; les vêtements, d'un coloris 
admirablement transparent , miroitent 
des tons célestes de l'arc-en-ciel, avec 
une discrétion et une habileté que rien 
ne peut rendre et dont les procédés ac- 

i . Il est impossible, en les regardant, de ne 
pas se rappeler l'horreur que Perréal professait, 
comme nous l'avons dit, pour les chevelures et en 
queue d'étoupe » telles que le bronze les produit. 



— 78 — 



/ 



tuels de reproduction, si parfaits qu'ils 
soient, ne permettent pas de donner une 
idée au lecteur; sur l'agrafe et sur la 
garniture du corsage de l'archange, de 
minuscules émeraudes étincèlent comme 
au premier jour; les plis, moins longs 
que dans l'école flamande, sont fins et 
justes ; le bas de la robe du saint Michel 
se soulève légèrement en masse ronde, 
porté par un souffle invisible. En face, le 
groupe terrestre forme une vive opposi- 
sition, avec ses couleurs franches, ses 
figures bronzées et affirmées, d'une vérité 
frappante, mieux dessinées que modelées. 

Charles VIII produit tout l'effet pos-s- 
sible. La nature l'a créé mince, petit, 
exigu; le peintre le donne tel, mais il 
l'enveloppe , avec une solidité toute 
royale, dans une ample robe de drap 
d'or, aux plis larges, simples. 

Ajoutons que le cadre, traité à la Man- 
tegna, répond à la scène : c'est une ar- 
cature, de dorure éteinte et discrète, très 
finement décorée à la plume d'oves et de 
guirlandes de fruits ; dans les deux coins 



— 79 — 

supérieurs, deux petits génies pleins de 
vivacité et d'imprévu. 

Le pinceau de la Guerre gallique 
paraît mûr et même vieilli, à côté 
de celui-là ; il y a, entre eux, plus qu'un 
écart de vingt-cinq ans : il y a la dis- 
tance morale qui peut séparer un an- 
cien dieu sur le retour, attaché au 
passé, de l'enthousiaste, de l'amoureux 
plein de verve, qui caresse, qui parfait 
un rêve d'espérance, où tout lui parle 
du lendemain. 

L'artiste, dans la Guerre gallique, s'en 
est tenu au premier travail, déjà remar- 
quable, du pointillé; ici, il revient à la 
charge, comme nous l'avons dit, avec des 
touches blanches, qu'ensuite il réveille 
vivement par de légers traits noirs, en 
sorte que l'effet, quoique cherché, paraît 
au contraire plus amusant et plus prime- 
sautier; en 1 5 19, il a simplement affublé 
les têtes d'une lourde perruque formant 
bloc et taillée en rond, selon l'usage du 
jour ; ici, il s'en donne à cœur joie d'al- 
longer les cheveux, de jouer avec eux 



— 8o — 

comme la mode le permet, d'y glisser de 
charmants reflets. 

Nous ne pensons pas que ce petit chef- 
d'œuvre ait été exécuté par ordre de Char- 
les VIII. D'abord, nous savons mainte- 
nant que Perréal, plutôt en disgrâce vers 

1495, n'entra au service du roi qu'en 

1496, et par un brusque effet de faveur. 
D'autre part, le manuscrit ne contient 
pas un texte complet des statuts de Tor- 
dre de Saint-Michel, tel qu'aurait pu le 
commander le roi, mais la simple copie 
d'un nouveau règlement, et il porte, en 
tête, une dédicace en vers, adressée au 
roi. Il fut donc offert à Charles VIII, et 
non commandé par lui. 

Mais quel grand seigneur a pu ima- 
giner un pareil cadeau ? ^hésitation n'est 
guère possible : l'offrande vient du plus 
grand seigneur de France, de celui qui 
avait découvert Perréal, qui l'avait pris 
à son service et qui voulait en faire le 
premier peintre du roi : du duc de Bour- 
bon. Et c'est ce que nous indique l'au- 
teur, avec son humour habituel. Derrière 



... I 



— 81 — 

ou plutôt à côté du roi, dans une pose de 
familiarité, il a figuré deux personnages, 
lesquels n'en forment, en réalité, qu'un 
seul ', et d'une étonnante ressemblance : 
le bon duc Pierre. C'est Pierre de Bour- 
bon, qui, à la fin de sa régence de 1495, 
offrit au roi, pour son retour d'Italie, 
cette œuvre où l'artiste avait mis toute 
son âme, et nous croyons trouver ici la 
clef de la faveur soudaine qui officielle- 
ment porta Perréal au premier rang. 

On a voulu voir, dans le saint Michel 
et dans ses anges, des portraits. Etant 
donnés les habitudes de l'auteur et l'in- 
dividualisme des figures, rien de plus 
plausible. Mais nous hésitons à recon- 
naître chez l'archange les traits de la 
reine Anne de Bretagne; saint Michel 
ne les rappelle que d'un peu loin ! D'ail- 

1 . Cela ressort du portrait lui-môme. M. Dur- 
rieu a conjecturé qu'un des deux personnages 
pouvait figurer Etienne de Vesc ; mais Vesc était 
resté à Naples. D'après les règles, le duc d'Or- 
léans seul pouvait figurer près du roi à ce rang ; 
et bien certainement il ne s'agit pas de lui. 

5' 



— 82 — 

leurs, Charles VIII, auquel il s'agissait 
de plaire, était jeune, fougueux ; il ne se 
piquait pas de fidélité conjugale, et les 
correspondances des ambassadeurs ac- 
crédités près de lui ne nous laissent guère 
d'illusions sur l'art avec lequel il avait 
su collectionner, à Lyon, des spécimens 
variés de la beauté féminine. Peut-être 
vaut-il mieux ne pas se demander où 
Perréal a cherché ses anges, et si, en 
sa qualité d'artiste, il n'aurait pas cédé à 
des goûts plus spirituels que célestes f . 
Bornons-nous à constater combien le roi 
se montre touché des gracieuses appari- 
tions, comme il leur ôte tendrement son 
bonnet, et quel sourire de sens indulgent 
flotte sur les lèvres de son excellent 
beau-frère. 

Oure la miniature de Perréal, le manu- 
scrit contient, en frontispice, une enlu- 
minure de fabrique, qui représente saint 
Michel terrassant le démon. Nous n'en 



i . Voir notre livre : Louise de Savoie et Fran- 
çois / er . 



— 83 — 

parlerions pas si, au-dessous, à côté de 
TA initial du texte, nous ne trouvions 
encore une de ces plaisanteries qui sem- 
blent éclore tout naturellement, dès 
qu'on prononce le nom de Perréal. Sans 
égards pour le caractère grave et profon- 
dément officiel du document, l'humoris- 
tique peintre a renouvelé sa facétie rela- 
tive au duc de Bourbon ; il a esquissé, à 
la plume ', deux têtes d'un même indi- 
vidu, en profil et en trois quarts. Quel 
est cet individu ? Avec un peu d'imagina- 
tion, on pourrait se figurer que c'est Per- 
réal lui-même, mais nous n'irons pas 
jusque-là. 

Si l'on voulait bien admettre comme 
œuvres de Perréal la miniature du duc 
de Bourbon et les portraits de i5i9, 
nous posséderions enfin des indications 
précises, qui correspondent à merveille 
avec ce que nous savons de la vie du 
grand artiste et qui peuvent mettre sur la 
trace de quelques autres de ses œuvres. 

i. D'une autre encre que celle du registre. 



-8 4 - 

Perréal nous semble un délicat par ex- 
cellence, un homme de goût très fran- 
çais, qui a compris la réalité aussi bien 
que les Flamands, mais qui Ta vue d'un 
œil plus gai et plus relevé. De ce qu'il 
lui a été donné d'admirer en Italie, il a 
surtout apprécié l'antique, et dans l'an- 
tique les délicatesses décoratives. Il n'a 
pas beaucoup mordu à l'idéal propre- 
ment dit; il est resté rieur, de la zone 
d'Erasme et de Montaigne. Sa parenté 
du côté italien se trouverait du côté des 
primitifs florentins, ce qui se comprend, 
d'ailleurs, car non seulement à Lyon, 
non seulement à Moulins, où les rela- 
tions avec Florence sont flagrantes, mais 
dans une grande partie de la France, on 
peut affirmer qu'il y a eu une singulière 
affinité de goût et d'esprit, et de con- 
stantes sympathies avec Florence. Et, 
pour le dire en passant, il nous paraît 
bien regrettable que cette affinité, que 
représentait, au point de vue artistique et 
littéraire, la petite cour des Bourbons de 
Moulins, n'ait pas pu prendre en France 



— 85 — 

un essor assez puissant pour nous dé- 
fendre, sous François I er , contre l'inva- 
sion de l'italianisme décadent. 

Enfin, Perréal a visé au fini et à la per- 
fection; mais peut-être, soit scrupule, 
soit caprice, n'a-t-il pas toujours achevé 
toutes ses œuvres, et il paraît très pro- 
bable qu'il n'a souvent livré que des 
morceaux. On pourrait donc trouver des 
traces de son passage dans des travaux 
pour ainsi dire occasionnels. 

On a souvent prononcé le nom de 
Perréal autour d'un intéressant manu- 
scrit de Ptolémée \ exécuté en 1485, 
pour le sire de La Gruthuze, et acquis 
ensuite par Louis XII. Il y a bien là 
quelque chose qui rappelle notre artiste ; 
il faudrait le supposer à ses débuts et sup- 
poser encore que La Gruthuze, amateur 
émérite, entendant parler de Perréal, ait 
voulu le mettre à contribution pour les 
deux pages initiales d'un manuscrit, 
même calligraphié à Gand. On peut plus 

t : Bibliothèque nationale, ms: fr. 4804! 



— 86 — 

facilement admettre qu'une main de 
notre connaissance, habile autant que 
fantaisiste, s'est amusée plus tard à 
« rhabiller » le livre, en substituant, sur 
la peinture initiale, la tête de Louis XII 
à celle de La Gruthuze ; l'hypothèse nous 
paraît parfaitement soutenable, pour peu 
qu'on le désire. 

Mais nous aurions plus à cœur de 
mettre le nom de Perréal sous un pan- 
neau, qui serait son chef-d'œuvre : le 
triptyque de Moulins, qu'on ne connaît 
pas assez, bien qu'il soit fort connu '. 

Notre désir se heurte malheureuse- 
ment à des difficultés considérables. Le 
triptyque, bien que d'un fini prodigieux, 
nous déroute par ses imposantes dimen- 
sions; sa date nous embarrasse, car elle 
est postérieure à l'année où Pierre de 
Bourbon et Anne de France donnèrent 
leur peintre au roi. Mais, d'autre part, 



i. V. dans la Galette des Beaux-Arts un 
article de M. Paul Mantz (t. XXXVI, 2 # période, 
p. 459). 



-8 7 - 

puisque ces augustes personnages, Mé- 
cènes de premier ordre, ont jugé eux- 
mêmes Perréal infiniment supérieur aux 
autres artistes de leur maison, ne devons- 
nous pas nous imaginer, de très bonne 
foi, que, surtout après lui avoir rendu un 
si grand service, ils ont pu recourir à 
lui pour le tableau princeps, où tous 
deux figurent en pied avec leur fille, et 
n'y a-t-il pas une certaine logique à at- 
tribuer au premier de leurs peintres le 
premier de leurs tableaux? 

Personne, je crois, ne contestera le 
caractère absolument français du trip- 
tyque de Moulins. On y trouve, au plus 
haut degré, l'empreinte générale de ce 
réalisme piquant, naïf à sa façon et ma- 
gnifique, que nous avons signalé chez 
Perréal. On y relèverait, si on voulait, 
quelques traces du voisinage de Bruges, 
de Baie, et, en même temps, de Venise 
et de Florence. Mais, réelles ou non, ces 
légères influences s'amalgament dans 
une œuvre excessivement personnelle, 
pleine de vie çt surtout dç savçur. L'erj- 



- 88 — 

semble produit une superbe symphonie 
de couleurs; les rouges même, quoique 
vibrants à l'extrême, ne détonnent en rien. 
L'ordonnance symétrique se dissimule 
adroitement, et, malgré la recherche 
d'un bel effet global, chaque détail a. été 
creusé, perlé, avec une science et une 
conscience de miniaturiste. Les portraits; 
le duc de Bourbon d'un côté, la duchesse 
et sa fille de l'autre, atteignent au plus 
grand art, en dépit de quelques fâcheuses 
restaurations modernes dans les parties 
secondaires, notamment sur la robe de 
Pierre de Bourbon et sur le coussin de 
la duchesse; les mains effilées, fermes, 
un peu froides, sont admirables. 

Le panneau du milieu représente. une 
Vierge grave, d'un sérieux modelé, bien 
campée et bien dessinée. Deux anges 
divergents garnissent l'espace sous ses 
pieds. A droite et à gauche, deux groupes 
d'anges superposés ont toute la verdeur 
et la fraîcheur adorable des anges du 
manuscrit de Saint-Michel, leurs pro- 
ches parents. Au-dessus;de la tête dé la 



-8 9 - 

Vierge, deux anges convergents, presque 
horizontaux, tiennent une couronne. 
C'est peut-être dans ce groupe céleste du 
haut que la rare habileté de Perréal se 
spécifie le mieux. Les draperies des deux 
anges éclatent, doucement transpercées 
de lumière ; c'est l'idée que nous con- 
naissons déjà par le Saint Michel; l'ar- 
tiste Ta rendue ici avec un bonheur 
inouï, mais il a distribué un peu diffé- 
remment ses effets ; il a réservé les flui- 
dités d'arc-en-ciel pour le point central, 
d'où ressort la Vierge, et qui vomit, pour 
ainsi dire, toute la lumière du tableau : 
tel Claude Lorrain, baignant la vie en- 
tière de la nature dans l'âme du soleil. 
Perréal, qui a la poésie fort concrète, qui 
ne se laisse pas aller au vague, a voulu 
affirmer avec force ce grand foyer du 
paradis, dont le jour le plus lumineux ne 
nous apporte qu'une image flottante et 
indécise. Bravement, derrière la Vierge, 
il a placé un solide disque d'or, une sorte 
de cratère de feu, dont les rayons circu- 
laires se dégradent, pour s'iriser douce- 



— go — 

ment en arc-en-ciel et aboutir à cette 
nappe de lumière blanche, qui transfi- 
gure les personnages du monde supra- 
naturel. Malheureusement, dans cette 
œuvre aujourd'hui encore radieuse, 
transparente, étincelante, le foyer central 
qui devait tout illuminer, s'est éteint 
ou même a disparu : l'or a craqué; 
d'ennuyeuses réparations, qui s'étendent 
jusqu'à certains détails des anges, ont 
rendu opaque et lourd le point vibrant 
par excellence; de sorte que tout l'en- 
semble s'en trouve faussé, et que l'œil a 
besoin de remonter aux glorieuses dra- 
peries du haut pour reconstituer, en 
théorie, ce que l'artiste a pensé et ce que, 
sans doute, il avait réussi à exprimer. 

On peut voir, par ces détails, com- 
ment à un vif esprit d'observation se joint 
ici un sentiment qu'on pourrait appeler 
symbolique, pourvu qu'on ne prenne 
pas le mot dans l'acception moderne. Ce 
symbolisme ne consiste, ni à modifier 
les formes de la vie, ni à les épurer 
comme l'ont fait les mystiques, ni à les 



— 9 i — 

trier et les choisir comme les idéalistes, 
mais à les glorifier dans leur réalité, par 
l'interprétation de leur puissance. Le seul 
point, qui trahirait ce que nous appe- 
lons aujourd'hui le symbolisme, c'est 
une propension voulue à donner aux 
anges, messagers célestes, des jambes un 
peu longues, comme pour indiquer leur 
mission spéciale. Mais ces jambes sont 
enfermées dans de grands vêtements, 
chiffonnés, en dessous, d'une manière 
si exquise, que la critique admet et 
pardonne. 

L'extérieur des volets porte une An- 
nonciation en grisaille, fort délicate, 
malheureusement en moins bon état que 
le reste. 

Qu'on nous permette donc de réserver 
cet admirable triptyque, et de ne pas 
repousser absolument son attribution au 
plus grand peintre du temps, attribution 
qui hante le cœur plus encore que la 
raison. 

En revanche, nous ne pouvons ac- 
cepter pour Perréal ni les deux excellents 



— 9 2 — 

portraits de Pierre de Bourbon et d'Anne 
de France, au musée du Louvre, datés 
de 1488, c'est-à-dire des années où Per- 
réal se trouvait de service à Moulins, 
mais dont l'exécution large et chaude 
trahit une main plus italianisée % ni un 
petit portrait de Suzanne de Bourbon, de 
l'ancienne collection du duc de Durcal. 

Nos constatations nous permettent 
aussi d'éliminer nombre d'oeuvres, gé- 
néralement secondaires, dont on a trop 
généreusement gratifié le peintre de 
Louis XII. 

Une simple phrase, pompeuse et ba- 
nale *, où Lemaire admire d'avance, 

1. Ces portraits ont dû être peints, dans un 
triptyque votif, à l'occasion de l'avènement de 
M. et M"" de Beau jeu au duché de Bourbon, cir- 
constance majeure de leur vie intime. La pré- 
sence d'un saint Jean, derrière M"" de Bourbon, 
qui a fait le désespoir des commentateurs, ex- 
prime peut-être un pieux souvenir à la mémoire 
du duc Jean qui venait de mourir, laissant la 
place au nouveau duc Pierre. 

2. « De sa main mercurialle, il a satisfait par 
grant industrie à la curiosité de son office et à 



- 9 3- 

en 1509 *, les croquis que son ami 
rapportera probablement d'Italie , a 
suffi à M. Bancel pour présenter Per- 
réal comme l'imagier d'un manuscrit 
bien connu, la Conquête de Gênes, par 
Jean Marot, exécuté depuis la fin de 

la récréation des yeulx de sa très chrestienne 
Majesté, en paignant et représentant à la propre 
existence tant artificielle comme naturelle, dont 
il surpasse aujourdhuy tous les citramountains, 
les citez, villes, chastcaulx de la conqueste et 
l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, Fine- 
qualité des montaignes, la planure du territoire, 
l'ordre et désordre de la bataille, l'horrheur des 
gisans, en occision sanguinolente, la misérableté 
des mutilez nagans entre mort et vie, l'efiroy 
des fuyans, l'ardeur et l'impétuosité des vainc- 
queurs, et l'exaltation et hilarité des trium- 
phans, et se les ymaiges et painctures sont 
muettes, il les fera parler ou par la sienne pro- 
pre langue bien exprimant et suaviloquente. 
Par quoy, à son prochain retour, nous envoyant 
ses belles œuvres, ou escoutant sa vive voix, 
ferons accroire à nous mesmes avoir esté presens 
à tout. » (Lemaire de Belges, la Légende des 
Vénitiens, péroration de l'acteur à messire 
Claude Thomassin.) 
i. Et non i5oj. 



— 94 — 

i5oy \ Il y a là un malentendu, qu'il 
suffirait de signaler, et nous avons 
d'ailleurs montré, contrairement à ce 
que supposait M. Bancel, que Perréal 
n'a pas pris part à l'expédition de 1507. 
Il faut pourtant insister un peu, parce 
que ce manuscrit, qui ne peut pas 
matériellement sortir de l'atelier de Per- 
réal, nous permettra de faire la part de 
son collègue Bourdichon. On possède 
authentiquement de Bourdichon les 
Heures d'Anne de Bretagne, dont le bel 
ensemble trahit des inégalités assez sen- 
sibles, soit que le peintre, dans une œu- 
vre de si longue haleine, ait eu recours 
à des aides, soit que, de temps à autre, il 
ait éprouvé des moments de lassitude ; 
dans le portrait initial de la reine, au 
contraire, Bourdichon s'élève tout à coup 
au-dessus de lui-même, et, s'il faut tout 
dire, nous le soupçonnons de s'être as- 



t . Les événement racontés et représentés da- 
tent bien de cette année. Ce célèbre manuscrit 
se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris; 



- 9 5- 

socié là une main plus habile que la 
sienne, peut-être bien celle qui a rhabillé 
le portrait initial du Ptolémée. 

Le manuscrit de 1 507 relève, en géné- 
ral, de la même facture que les Heures. 
Tous deux, exécutés à la suite ', pour la 
même souveraine et dans les mêmes con- 
ditions officielles, se ressemblent éton- 
namment, non seulement par le procédé 
matériel, mais par les partis pris : ciel 
d'un bleu toujours pur, blanchissant vers 
l'horizon ; premiers plans verts et traités 
par masses, arrière-plans bleus, volon- 
tiers agrémentés de rochers un peu fan- 
tastiques, comme en concevaient Léo- 
nard et Cima ; agréables développements 
d'eau a , tels qu'on en voit chez Francia ; 
personnages à l'italienne, de style, mais 
absolument impersonnels ; vêtements lar- 

1. Comme Fa montré M. Delisle, les Heures, 
entreprises probablement depuis plusieurs an- 
nées, étaient achevées et furent payées en 1 507. 

2 . Comparez notamment la miniature initiale 
du manuscrit de 1607, et la miniature initiale de 
l'Evangile de saint Jean dans les Heures* 



- 9 6- 

gement drapés, aussi à l'italienne, avec 
les reflets d'or d'autrefois; modelé ro- 
buste, massif, et qui serait cependant un 
peu flou, si l'auteur n'avait eu la précau- 
tion de le relever par des contours noirs 
également robustes, et même avec excès. 
Partout des bouches vigoureuses, vul- 
gaires, et à plus forte raison, dépourvues 
de la délicatesse et des nuances infinies 
que l'on s'ingéniait ailleurs à y mettre ; 
des yeux incorrects, en olive, qui, au 
lieu de s'allumer d'une petite étincelle, 
ressortent naïvement par l'exagération 
du blanc, comme dans un visage de nè- 
gre. Les carnations, beaucoup plus trans- 
parentes dans les Heures que dans l'au- 
tre manuscrit, tirent sur ces tons violacés 
que l'école des Clouet affectionnera et 
qu'elle perfectionnera à miracle. Les 
mains, longues, plates, aux doigts cerclés 
de noir, avec de légères touches rosées 
sur les articulations, ne représentent 
qu'une pratique uniforme et sommaire. 

Il nous semble donc qu'on peut consi- 
dérer le manuscrit de 1507 comme sor- 



^ 



— 97 — 

tant de l'atelier de Bourdichon, qu'il soit 
l'œuvre du maître lui-même, un peu 
pressé, ou bien l'œuvre d'un de ses 
élèves. 

Or, un autre manuscrit, dont le texte 
est du commencement de i5i2 *, égale- 
ment exécuté pour la reine, et non moins 
officiel que les précédents, a été jusqu'à 
présent attribué sans contestation à Per- 
réal. Ce volume, après des péripéties 
presque sans nombre, a fini par trouver 
un asile sûr à la Bibliothèque impériale 
de Saint-Pétersbourg \ M. Bancel, qui 
ne le connaissait que par des reproduc- 
tions ou par ouï-dire, ne s'est pas con- 
tenté de l'accepter comme œuvre de 
Perréal, il a cru y retrouver le portrait 
même de l'artiste qui se serait figuré dans 
une des miniatures sous le vocable de 

i. Avant la bataille de Ravenne (u avril i5i2). 

2. Il appartint aux bibliothèques Séguier, de 
Harlay, de Coislin, évoque de Metz, Saint-Ger- 
jnain-des-Prés ; pillé sous la Révolution, il fut 
acheté par M. Dombrowsky, attaché à l'ambas- 
sade de Russie, qui le revendit en i8o5 au czar. 

6 



_ 9 8- 

Èoreas \ La bienveillance du gouverne- 
ment russe et du ministère français nous 
a permis d'examiner à loisir les onze 
miniatures qui composent cette série 1 . 

i. Deux miniatures ont été reproduites par 
M. Bancel : la première représente Louis XII 
dictant (à Lemaire ?) son épître à Hector de 
Troye, et, sur le devant Boreas qui s'apprête à la 
porter; la seconde, une épître de la reine au roi : 
la reine, assise, remettant un message pour le 
roi. Une autre miniature représente la Disso- 
lution, tiare en tête et en habit de chœur, 
détruisant l'Église, que soutiennent la Cha- 
rité et Louis XII ; celle-ci a été reproduite 
par Montfaucon. M. Paul Lacroix (Moeurs et 
usages du moyen âge et à V époque de la Renais- 
sance, p. 87) a donné aussi une gravure de la 
miniature initiale. 

2. Les miniatures forment de petits tableaux 
de o"238xo"i55. En voici la liste : f. 1 v , mi- 
niature reproduite par P. Lacroix ; — f. 1 1 v°, 
L'Église est assise devant un portail Renaissance 
et écrit entre la Dévotion, en cilice, tenant l'en- 
crier et un livre, et la Foi, vôtue d'or portant 
une croix processionnelle d'or; — f. 20 v°, No- 
blesse, somptueuse, sur un trône, écrit sur un 
riche pupitre à vis ; à droite, Prouesse cuirassée, 
et des courtisans; à gauche, une porte et des 



— 99 — 

Ce sont de petits tableaux, exécutés non 
sans talent, mais un peu hâtivement, sauf 
les deux premiers ; l'artiste à traité avec 
un soin extrême le principal visage, sur 
lequel il a concentré son effort \ Partout 
aussi, même dans ces visages princeps, 

hommes d'armes; — f. 3i v°, Labeur :un vieux 
paysan, la houe en main, dicte une lettre à un 
enfant ; sa femme tond un mouton ; basse-cour 
pleine d'animaux, élégants bâtiments, paysage; 

— f. 40 v°, la reine (reproduite par M. Bancel); 

— f. 5i v% Louis XII sous un dais, écrit; au fond, 
la cour, une porte ouverte où on aperçoit le 
cheval de bataille; — f. 58 v°, la reine assise, 
lit une lettre qu'on vient de lui remettre; — 
f. 68 v°, Hector reçoit d'un courrier ailé une let- 
tre; dans le fond, le Paradis terrestre; — f. 81 
v°, Louis XII (reproduite par M. Bancel); — 
f. 96 v°, une forge couverte de tuiles, dans la 
campagne; Vulcain forge une armure, aidé de 
deux cyclopes; Mars, assis sur des canons, foule 
aux pieds la Concorde, fort humblement accrou- 
pie ; f . 100 v°, la miniature reproduite par Mont- 
faucon. 

1. C'est ainsi qu'on a, ff. 81 v° et 5i v°, de bons 
portraits de Louis XII ; fï. 58 v° et 40 v°, des 
portraits, meilleurs encore de la reine, et f. 20 v° 
une Noblesse remarquable. 



— IOO — 

où le nez et la bouche portent encore le 
trait rude, on retrouve les caractères du 
manuscrit de iSoy y c'est-à-dire de Bour- 
dichon : l'ensemble présente un aspect 
plutôt solide que très fin. 

En somme, il semblerait que la cour a 
trouvé le bon Bourdichon toujours prêt 
à consacrer consciencieusement sa vie 
aux travaux de longue haleine, tandis 
que Perréal, d'humeur nomade et bi- 
zarre, aurait plutôt agi par boutades, par 
éclairs, et qu'on aurait plus facilement 
obtenu de lui de mettre çà et là une tête, 
que d'entreprendre une œuvre propre- 
ment dite. 

Une charmante miniature embléma- 
tique de la seconde régence de Louise de 
Savoie ' nous rapprocherait bien plus de 
notre artiste. Elle représente la princesse 
assise, tenant un gouvernail, et, près 

i. Bibl. nat. de Paris, ms. fr. 571 5, Faicts et 
gestes de la Royne Blanche d'Espagne, mère de 
monseigneur sainct Lqys... t miniature publiée 
par M. Bouchot, dans son ouvrage : Les Femmes 
de Brantôme. 



— 101 — 

d'elle, un homme fort malade, étendu 
par terre. Ici le dessin est fin et spirituel, 
la touche légère et transparente ; l'auteur 
s'est plu à détailler des plis de draperies 
noires, avec des dégradations d'une telle 
perfection que le temps mêine les a res- 
pectées . Les ailes diaprées , embléma- 
tiquement attribuées à la régente ', rap- 
pellent aussi des motifs chers à Perréal, 
de même que l'encadrement. Bref, on 
peut, ce nous semble, rapporter à l'école 
de Rerréal cette jolie page, fort délicate, 
malgré son thème un peu guindé ; mais 
nous ne croyons pas qu'on puisse en 
faire honneur au maître lui-même, à 
cause de sa donnée, à cause de sa date 
(i526 ou 1527), et aussi parce que la 
peinture manque de dessous 2 . 

1 . Louise avait deux ailes pour emblème, en 
guise des angelots de l'écusson royal. 

2. MM. P. Durrieu et J.-J. Marquet de Vas- 
selot ont apparenté ce manuscrit à un Cicéron 
(ms. fr. 1738), exécuté entre 1527 et i53i, et à 
un exemplaire des Héroïdes d'Ovide (Biblioth. 
de Dresde), qu'ils estiment peint entre i53o et 

6* 



— 102 — 

M. Bancel a offert au Louvre un pan- 
neau français, qui représente une Vierge, 
assise sur un trône de pierre, entre deux 
donateurs *, nouveaux mariés, à en ju- 
ger par leur âge, bourgeois aisés, d'après 
leur costume. Un des montants du bal- 
daquin est fleurdelisé : les initiales des 
personnages représentés, /. P., figurent 
sur les deux accoudoirs et sur une tran- 
che du socle à gauche. M. Bancel a pris 
ces initiales pour une signature de Per- 



1 540. Ils attribuent ces trois œuvres à Barthé- 
lémy Guéty, dit Guyot, peintre attaché à Fran- 
çois 1" avant son avènement {Y Artiste, juin 
1894). Nous avons publié nous-môme (Louise de 
Savoie et François /•% pp. 3oo-3o3) une minia- 
ture exécutée par ordre de Marguerite de Valois, 
au moment où Guéty était seul peintre officiel de 
la petite cour et qui, par conséquent, nous pa- 
raît de cet artiste. Là aussi Guéty a joué avec le 
noir, mais beaucoup moins heureusement que 
dans le manuscrit dit de la Reine Blanche. 

1 . Pour une plus ample description de ce pan- 
neau, voir l'article de M. P. Mantz, Un tableau 
attribué à Jean Perréal (dans la Galette des 
Peaux- Arts, 2j m année, t. XXXI, p. 329). 



— io3 — 

réal ; les fleurs de lys ne lui ont pas paru 
un motif de décoration accessoire ; il y a 
vu une indication principale et, un peu 
d'imagination venant encore dorer ces 
premiers résultats, il a conclu à un ta- 
bleau votif du mariage de Charles VIII 
et d'Anne de Bretagne, sans se préoccu- 
per ni du visage des jeunes gens, qui ne 
ressemblent en rien au couple royal, ni 
de leur costume modeste et dépourvu 
d'insignes, ni de l'absence complète et 
inadmissible de l'hermine de Bretagne 
dans la décoration, ni du fait qu'en 1491, 
date du mariage, Perréal n'était pas pein- 
tre du roi. Bornons-nous à ajouter que 
ce petit panneau, bien qu'il ne soit pas 
dépourvu d'intérêt, ne présente aucun 
des caractères que nous avons cru pou- 
voir attribuer à Perréal. Bref, l'hypo- 
thèse de M. Bancel ne nous paraît pas 
s'étayer sur le moindre commencement 
de preuve, ni même sur une vraisem- 
blance quelconque, et nous ne croyons 
pas trop nous aventurer, en osant prédire 

que le petit panneau ne devra pas tarder 

■ il ~ 



— 104 — 

à quitter le Salon carré du Louvre, pour 
occuper une honorable place en rapport 
avec son mérite. Malheureusement, l'hy- 
pothèse du tableau du Louvre, la plus 
légère de toutes celles qu'a inspirées Per- 
réal, a été aussi la plus féconde : des 
auteurs infiniment respectables en ont 
tiré de savantes déductions; puis on est 
parti de ces données pour porter à l'ac- 
tif de Perréal un triptyque du Musée de 
Cluny, un dessin flamand catalogué 
n° 629 du Louvre..., que sais-je encore? 
Nous ne nous arrêterons pas à ces attri- 
butions, ni à quelques autres encore. 
Perréal porte malheur, et il ne faut point 
de superstition pour parler de lui comme 
nous essayons de le faire. 

Les bois du xvi e siècle ont valu aussi à 
Perréal un bon contingent d'œuvres, 
jusqu'à nouvel ordre hypothétiques. 
Parce que Tory, avec courtoisie ou peut- 
être avec une bien compréhensible va- 
nité, déclare avoir emprunté deux petits 
dessins de son volume Chamfleury à son 
« seigneur et bon amy », M: Bernard* 



— io5 — 

auteur très érudit et très critique du livré 
Geoffroy Tory y s'emporte à revendiquer 
aussitôt pour Pérréal les dessins du vo- 
lume entier, et proclame Tory élève de 
Perréal, chose à laquelle nous ne sau* 
rions contredire, pas plus qu'on lie sau- 
rait l'affirmer. A cause de ses relations 
avec Lemaire, on a rendu Perréal res- 
ponsable aussi des bois des Illustrations 
de Gaule, notamment d'une sorte de 
caricature, qui représente la reine en 
Junon, avec des attributs un peu 
bizarres, et le roi en Mercure... Mieux 
vaudrait encore le gratifier des illus- 
trations de Symphorien Champier, ce 
dont je ne sache pourtant pas que per- 
sonne se soit avisé, jusqu'à présent du 
moins. 

L'attribution du dessin d'une médaille 
offerte à Marguerite d'Autriche par la 
ville de Bourg, le 2 août i5o2, repose 
sur une induction purement morale, 
mais plus vraisemblable. Cependant, il 
faut remarquer que Perréal alla fort peu 
à Bourg, même au temps de ses rela- 



— io6 — 

tions avec la princesse, et qu'au mois 
d'août i5o2 il se trouvait en Italie. 

Au moment où Marie d'Angleterre 
épousa Louis XII, c'est-à-dire en i5i4, 
des portraits de cette belle personne se 
répandirent un peu partout \ L'un d'eux 
se trouve sommairement gravé en tête 
d'une Epistola consolatoria sur la mort 
de Louis XII, imprimée à Paris, le 
22 avril i5i5, par Henri Estienne a . 
Cette gravure paraît traduire un dessin 
d'une pureté un peu sèche, dans une atti- 
tude à la Léonard. Se réfère-t-elle au 

i . Marguerite d'Autriche en possédait un, dans 
sa bibliothèque, avec des portraits de Louis XII, 
du Grand Turc et de beaucoup d'autres person- 
nages (Inventaire.., y publié par Michelant, dans 
le Bulletin de la Commission royale d'Histoire 
de Belgique, 1871, pp. 5 et suiv.). Un petit por- 
trait de Marie, sur bois, rond, a été jadis ex- 
posé au Trocadéro, dans la collection Gréau, 
sous l'attribution de Perréal. 

2. Un exemplaire de cette plaquette, acquis en 
188 5 avec d'autres rares plaquettes de ce temps, 
se trouve à la Bibliothèque nationale, sous la 
cote G 281 3. 



dessin que Perréal fît à Londres ? C'est 
ce qu'il est assez difficile de dire, à moins 
que, dans un distique prétentieux, placé 
au-dessous de la gravure, et vaguement 
évocatif de l'art de a Parrhasius », on ne 
veuille chercher un jeu de mots... Une 
autre légende, qui se trouve en marge, 
ne nous éclaire pas beaucoup plus : 
« Maria, Francorum alba Regina, non 
sic, sed pullata depingenda veniebat : 
verum hanc atratam pictor non viderat. » 
L'éditeur s'excuse, nous le voyons bien, 
de ne pas produire le portrait en deuil 
d'une reine veuve, et il nous dit que le 
peintre n'a pas vu la reine en deuil, ce 
qui nous plonge dans la perplexité. En- 
tend-il expliquer par là que le portrait a 
précédé le deuil, ou bien qu'il l'a suivi ? 
(on sait que la brièveté du deuil de Marie 
d'Angleterre prêta fortement aux plai- 
santeries). Ou bien, que le dessinateur 
de la gravure, n'étant pas admis à la 
cour, n'a pas vu la reine ? Nous laissons 
le lecteur résoudre l'imbroglio ; mais, 
quelle que soit la solution, le sage M. Re- 



— io8 — 

nouvier nous semble un peu excessif d'in- 
férer, de cette modeste gravure, que Per- 
réal a fourni une bonne part des gravures 
de toutes les éditions d'Henri Estienne... 

Comme architecte décorateur, Perréal 
nous met plus à Taise; malheureuse- 
ment, il faut se rappeler son mot, plutôt 
fier que modeste : « Je ne suis que pein- 
tre », en sorte que ceux de ses travaux 
qu'on connaît le plus sûrement ne pré- 
sentaient guère à ses yeux qu'un carac- 
tère secondaire, et, si j'ose ainsi parler, 
utilitaire. 

A Nantes, chargé du dessin général et 
de l'ornementation, Perréal a reçu un 
plan traditionnel, qu'il a voulu rajeunir, 
où il a cherché à infuser de la vie. 
D'abord, ce monument, forcément gran- 
diose, il l'a allégé et varié par la combi- 
naison de marbres de trois couleurs. Il 
l'a élevé sur un socle à tranches de mo- 
saïque, avec entrelacs d'F et d'hermines : 
il l'a coupé horizontalement en deux 
compartiments; dans le bas, il a mis 
seize médaillons de pleureurs usuels, 



— 109 — 

verticalement séparés par des rinceaux 
palmés très fins ; en haut, sous de petites, 
arcatures à pilastres plats, il a logé les 
douze apôtres, saint Charlemagne, saint 
Louis, patrons de la France, saint Fran- 
çois, sainte Marguerite, patrons des dé- 
funts. Et il a brodé d'arabesques les moin- 
dres saillies; il a garni de trophées les 
parties pleines. Il aime les palmes hardi- 
ment jetées, nettes, ou les motifs très 
légers, fleuris, contournés en accolade, 
le tout d'un goût pur, classique et presque 
antique, d'une précision un peu voulue. 
Les quatre statues d'angle, représentant 
les vertus « piliers du verger liligère », 
comme disait Molinet, bien qu'un peu 
trop détachées de l'ensemble, ne man- 
quent pas de cachet : leur dessin trahit 
de l'esprit et de l'originalité, plutôt que 
de la largeur ou qu'une grande envergure. 
. En résumé, Perréal, dans cette entre- 
prise, ne put pas ou n'osa pas innover, 
et sa verve ne s'est échappée que par les 
détails. 

La question de sa participation au. 



— I IO — 

monument de Brou a suscité des polé- 
miques ardues, heureusement calmées 
aujourd'hui : les uns auraient volontiers 
trouvé partout la main de Perréal, d'au- 
tres ne l'apercevaient nulle part, et, entre 
ces belligérants, les éclectiques conci- 
liants examinaient à la loupe l'œuvre 
éclectique de Brou et distribuaient avec 
courage les prix à chaque collaborateur. 
Nous nous bornerons à tirer modes- 
tement la morale des documents que 
nous avons cités. Marguerite d'Autriche, 
en sa qualité d'artiste, se réservait à elle- 
même le soin de comparer, de choisir, de 
décider 1 . De là vinrent, en réalité, ses 

i. C'était assez l'usage : pour n'en citer qu'un 
exemple, Jean Bourré, qui ne se piquait point 
d'art comme Marguerite, faisant élever T dans son 
église de Jarzé, un sépulcre de personnages sculp- 
tés, tel que celui qui subsiste à Solesmes, arrête 
lui-même les personnages à représenter, leurs 
attitudes, le détail de la polychromie dont il veut 
qu'ils soient revêtus, le choix des matériaux 
(devis dé 1 504, publié par Joubert, La Vie privée 
en Anjou, p. i83). Marguerite, plus artiste, fit 
faire plusieurs devis. 






— III — 

malentendus avec Perréal. Elle demanda 
des dessins, des études ; elle les attendit, 
elle négocia, elle les paya ; elle en savait 
donc tout le prix et, par conséquent, elle 
s'en servit. Mais, certainement aussi, elle 
les modifia, en sorte qu'on pourrait se 
livrer à des dissertations presque sans 
issue sur ce qui procède ou non de Per- 
réal dans l'ordonnance générale. Un seul 
point reste acquis : Perréal, bien malgré 
lui, mit à l'œuvre Thibaut, et, pour ne 
pas se compromettre, il lui fit sculpter 
les objets les plus hors de vue, des clefs 
de voûte. M. Bancel, avec beaucoup de 
raison, ce nous semble, a remarqué une 
clef de voûte d'un style à part, ornée de 
casques analogues à la coiffure de la 
Force, à Nantes. La clef de voûte cen- 
trale de la chapelle de la Vierge dérive 
aussi de Perréal par son sens tout clas- 
sique. Voilà des traces directes, encore 
qu'un peu minces, du passage de notre 
artiste. Quant au tombeau du duc Phili- 
bert, érigé par Jean de Bruxelles dans 
une donnée flamboyante, il doit peut-être 



— 112 — 

une belle idée à Perréal. Nous savons 
par la correspondance * que, dans sa 
préoccupation d'alléger l'antique céno- 
taphe, si lourd, sur lequel les gisants 
dormaient commodément leur éternel 
sommeil, Perréal voulait reproduire 
hardiment les choses dans leur réalité, 
percer le tombeau, montrer, à l'intérieur, 
les cadavres eux-mêmes, et tirer de là 
une opposition saisissante, en faisant 
non plus dormir, mais vivre les statues 
du dessus, qu'il installait dans l'attitude 
pieuse de la prière. L'antithèse parut 
trop audacieuse; on la détruisit en fai- 
sant dormir les statues, selon l'antique 
tradition, mais on a laissé debout les 
angelots accessoires, parfaitement en 
rapport avec des statues agenouillées, un 
peu trop importants à côté de person- 
nages couchés. 

Le plan de Perréal s'épanouit dans le 
tombeau de Louis XII, à Saint-Denis. Le 
regretté M. de Montaiglon estime que 

i. Lettre de Michel Colombe, 3 décembre i5ii. 



Tombeau ce Philibert de Sav 

(Église de Broji.) 



— n3 — 

Jean Juste n'a pas travaillé seul à ce beau 
monument; il croit à une collaboration, 
mais moins stricte qu'à Nantes, pour le 
parti d'ensemble seulement, et non pour 
l'ornementation. Selon lui, les Justes 
ont profilé, ils n'ont pas dessiné les mou- 
lures si pures des arcades et de la corni- 
che ; jamais, dit-il, dans aucune de leurs 
compositions, ils n'atteignent à cette so-. 
briété digne de l'antique x . A plus forte, 
raison ne saurait-on leur faire honneur du 
plan somptueux et simple, à la fois réaliste 
et très idéaliste, original et savant, dont 
l'idée avait séduit Perréal. Le soubasse- 
ment, que deux marches placent déjà au- 
dessus du sol, raconte, dans de longs bas- 
reliefs, les plus belles journées du règne. 
L'œil s'élève, et il rencontre le tombeau, 
un cénotaphe plein, surmonté des deux 
cadavres justement célèbres. Autour de 
cette exhibition criante de vérité, des 
statuettes d'apôtres, naïves, fermes, mon- 
tent une sorte de garde d'honneur, sous 

• - » 

i. La Famille des Justes. 



— 1 14 — 

une arcature à jour très fine. L'œil s'élève 
encore, et, au-dessus d'un entablement 
extrêmement délicat, sur une haute 
plate-forme, qui les porte pour ainsi dire 
vers les deux, on voit les morts d'en-bas, 
le roi et la reine, non plus couchés, non 
plus entourés et à demi dissimulés, seuls, 
en pleine lumière, à genoux, éternelle- 
ment vivants. Aux quatre angles infé- 
rieurs du tombeau, quatre Vertus, large- 
ment traitées à l'italienne, restent assises, 
et font corps avec l'ensemble, bien 
plus intimement qu'à Nantes \ Perréal, 
comme l'artiste préféré de Louis XII, 
joua-t-il un rôle dans l'érection de cet 
admirable monument? Nous n'en savons 
rien. Toujours est-il que l'ordonnance 
consacre ses idées, et que, d'une manière 
plus générale, elle synthétise bien l'esprit 
français du temps de Louis XII, les idées 
de Perréal sur le sens de la vie, et son 
goût sobre, délicat. 

i. Statues attribuées à Pierre Pons, par M. de 
Montaiglon. 



— ïi5 — 

A tous les talents de Perréal, ses bio- 
graphes en ajoutent généralement un 
autre; ils le disent poète. Poète, il le fut 
certes, à sa façon; de plus, il se piquait 
d'humanités, comme nous savons, et 
probablement, quand il organisait des 
entrées, il n'a pas reculé devant la satis- 
faction de composer lui-même les devi- 
ses ou les emblèmes, alors si fort à la 
mode * ; on peut encore interpréter dans 
ce sens une délibération lyonnaise du 
2 janvier 1 5o3, qui décide : « d'apprendre 
de M. Jehan de Paris » les volontés du 
roi, « pour inventer les ystoires 2 ». Il 
fie nous répugnerait donc pas du tout 
d'admettre que Perréal, dont nous con- 
naissons la verve, ait pu çà et là semer' 
quelques bouts-rimés de sa façon ; mais 

t. V. Inventaire des Archives municipales dé 
Lyon, t. III, p. 65. 

2. En 1509, comme on l'a vu plus haut, Le- 
maire vante la parole vive, l'éloquence de Per- 
réal : « Et se les ymaiges et painctures sont 
muettes, il les fera parler ou par la sienne pro- 
pre langue bien exprimant et suaviloquente. » 



— n6 — 

comme il ne nous en reste pas d'échan- 
tillons, on voudra bien nous excuser de 
ne pas chercher à les apprécier. Il est 
vrai qu'on a cru trouver un hommage 
caractéristique dans un vers où Crétin 
évoque « Jehan de Paris » parmi les 
poètes du temps ', et, comme l'amour 
est décidément le véhicule le plus pra- 
tique que Ton connaisse, M. Bancel, 
parti de ce vers, s'envole en un clin d'oeil 
jusqu'à proclamer son cher peintre au- 
teur du célèbre roman Jehan de Paris. 
Au fait, puisque le roman paraît brodé 
sur l'histoire du mariage de Charles VIII, 
du moment où M. Bancel estimait que 
Perréal a célébré ce mariage par le pin- 
ceau, il n'y avait qu'un pas à faire pour 
accorder aussi le poème * Nous croyons 
que toutes ces suppositions naissent d'un 
simple quiproquo : le « Jehan de Paris » 
qui faisait des vers s'appelait, de son 
nom patronymique, Jean Le Roy. Pour 

i. Complainte sur la mort de Guillaume de 
Bissipart. 



— ii 7 — 

le dire en passant, ce Jean Le Roy pour- 
rait bien être l'auteur, encore inconnu, 
du Roman de Jehan de Paris; il serait 
bien de son temps, s'il avait trouvé plai- 
sant d'équivoquer, et d'affubler un vrai 
roi de son sobriquet personnel de « Jean 
de Paris ». 

En tout cas, Perréal n'a pas besoin 
d'un lustre aussi hasardeux; sa part 
semble assez belle. Il tient le premier 
rang, sans conteste, parmi les peintres 
français du commencement du xvi c siè- 
cle. Dans le lointain nébuleux des âges, 
il nous apparaît comme spirituel, plein 
de verve et d'originalité, laborieux, tou- 
jours courant après l'heureuse et bien 
rare chimère de la perfection dans la 
vérité, doué d'un goût exquis et d'une 
âme indépendante, ouvrant une voie 
nouvelle avec un génie tout français. Il 
aima avant tout la vie ; Part antique, dont 
il ressentit l'infinie délicatesse, lui servit 
à châtier et à raffiner sa vue réaliste. A 
côté des écoles de Tours, de Paris, de 
Rouen, de Dijon..., il porta haut le dra- 

r 



— n8 — 

peau de la cour de Moulins, puis de 
l'école de Lyon, à laquelle il légua, sinon 
sa haute distinction et son fini merveil- 
leux, du moins son trait incisif et pit- 
toresque. 




LE PUY-EN-VELAY, IMPRIMERIE R. MARCHESSOU. 



ï 



I 



ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE BONAPARTE, 28 

PETITE BIBLIOTHÈQUE D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE 

Publiée sous la direction, de M. KAEMPFEN 
Directeur des Musées nationaux et de l'École du Louvre 



I. Au Parthënon, par M. L. de Ronchaud, in- 18. 

illustré 2 fi. 5o 

II. La Colonne Trajane au Musée de Saint-Germain, 

par M. Salomon Reinach, in-18 illustré 1 25 

III. La Bibliothèque du Vatican au XVI* siècle, par 

M. E. Muntz, in-18 2 5o 

IV. Conseils aux voyageurs archéologues en Grèce et V ' 

dans l'Orient hellénique, par M. S. Reinach, 

in-18 illustré 2 5o 

V. L'Art religieux au Caucase, par M. J. Mourier, 

in-18,. 3 5o 

VI. Etudes iconographiques et archéologiques sur le 

moyen âge, par M. E. Muntz, in-i8 illustré. . . 5 » 

VII. Les Monnaies juives, par M. Th. Reinach, in-18 

illustré 2 5o 

VIII. La Céramique italienne au XV* siècle, par M. E. 

Molinier, in-18 illustré 3 5o 

IX. Un Palais chaldéen, par M. Heuzey, de l'Institut, 

in-18 illustré 3 5o 

X. Les fausses antiquités de l'Assyrie et delà Chaldée, 

par M. J. Menant, de l'Institut, in-18 illustré. . . 3 5o 

XI. Limitation et la contrefaçon des objets d'art an- 
tiques au XV* et au XVI* siècles, par M. Louis 

Courajod, in-18 illustré 3 5o 

XII. L'Art d'enluminer, par M. Lecoy de la Marche, 

in-18 2 5o 

XIII. La Vaticane de Paul III à Paul V d'après des do- 

cuments nouveaux, par M. Pierre Batiffol, in-18. 3 5o 

XIV. L'Histoire du travail en Gaule à l'Exposition de 

188g, par Salomon Reinach, in-18, avec 5 plan- 
ches 3 5o 

XV. Histoire du Département de la Sculpture moderne 

au Musée du Louvre, par Louis Courajod, in-18. 3 5o 
XVI. Les Monnaies grecques, par Adrien Blanchet, 

in-18, 12 plancnes 3 5o 

HXll. L'Evolution de l'architecture en France, par Raoul 

Rosières, ouvrage couronné par l'Institut, in-18. 3 5x> 
XVIII.La Céramique japonaise, par OuédaTpKOUNOsouKÉ, 

avec une préface par E. Deshayes, in-18. ... 3 5o 
XIX. Les Monnaies romaines, par Adrien Blanchet, 

in-18, 12 planches 5 » 

XX. Jean Perréal dit Jean de Paris, par R. de Maulde 

la Clavière, in-18, 18 planches 3 5o 

LE PUY — IMPRIMERIE R. MARCHESSOU, BOULEVARD CARNOT, 23. 



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FA3950.7.S 



« Jaan é» Ma : p» 




3 2044 034 309 567 



un i n s • f a\X-